Escortées par la police municipale, les chèvres de Philippe Moustache parcourent ce dimanche matin d’avril la ville de Besançon pour rejoindre la colline de Planoise où elles se nourriront en débroussaillant.
Transhumance : littéralement au-delà (trans) des terres (humus). Le mot désigne une pratique aussi ancienne que l’élevage (9 à 11.000 ans) : la recherche de nourriture pour les animaux. L’invention de l’agriculture avait entraîné la sédentarisation humaine, point de départ d’une histoire qui se poursuivra par la naissance des villes. Aujourd’hui, l’agriculture périurbaine cherche à reconquérir une place dans la conscience collective.

Ce matin, la seconde transhumance à travers la ville des 43 chèvres laitières, 35 cabris et du bouc Ulysse de Philippe Moustache est une illustration de ce renouveau. À 54 ans, l’ancien apiculteur a trouvé sa voie caprine en 2005. D’abord installé sur les pentes de Bregille avec une dizaine de chèvres, il a commencé, pour la Ville, à faire défricher par son troupeau les espaces embroussaillés de Chaudanne et Rosemont. Pas toujours facile : « Il faut être vigilant, anticiper, car les parcelles sont très morcelées », dit-il, échaudé par quelques incursions de ses protégées hors du périmètre prescrit.
Ce matin donc, après une première transhumance pour rallier Rosemont l’an dernier, la petite troupe va parcourir les 11 km séparant les Torcols de la colline de Planoise. Aux Torcols, la ville a acheté une ferme où ses chèvres sont installées depuis le 18 novembre. À Planoise, la ville lui a passé commande de défrichage, demandant la charge maximale de quatre bêtes à l’hectare recommandée par le conservatoire des espaces naturels : difficile de faire plus extensif.
Autant pour économiser une bétaillère que pour faire la fête, comme en montagne. Il y aura une dizaine de membres de l’association franco-suisse des bergers du massif jurassien. L’adjointe à l’environnement, Françoise Presse, avait assuré à Philippe Moustache que la ville serait partenaire si la transhumance se renouvelait : le cortège se verra donc ouvrir la route par des policiers municipaux.

Reste que le berger bisontin est toujours dans une situation fragile. Il espère que la ville renouvellera l’hivernage dans la ferme des Torcols à l’automne prochain. Il escompte pouvoir s’installer dans le logement, aujourd’hui insalubre. Notamment pour être sur place à l’époque des vêlages, entre janvier et mars. Et aussi envisager autrement qu’en rêve l’investissement de 5.000 euros nécessaires à l’installation de l’atelier de fromagerie dont il parle depuis plusieurs années : « Des consommateurs m’ont demandé... ».
Pour l’heure, le lait nourrit les cabris et l’affaire vit surtout sur le négoce : les jeunes mâles vont à la boucherie et les chevrettes sélectionnées sont destinées au remplacement des anciennes laitières ou vendues à d’autres éleveurs.
Philippe Moustache le dit depuis longtemps. Pour conduire le défrichage sur la ville, deux élevages lui semblent nécessaires : « J’aimerais former un berger. On interviendrait sur deux endroits, ce serait plus réactif, mais on pourrait hiverner au même endroit ».
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 19.04.2009