daniel bordur - journaliste

Sécheresse : la cote d’alerte

La FRSEA de Franche-Comté en appelle aux préfets


La FRSEA de Franche-Comté demande aux préfets des quatre départements franc-comtois de prendre « un arrêté pour l’interdiction du broyage des produits de nature végétale susceptibles de servir à l’alimentation animale ou à usage de litière, dans le cadre d’une contractualisation, afin de faciliter la solidarité avec les éleveurs ».

Pour comprendre la portée de cette revendication, il faut savoir qu’« habituellement, les céréaliers broient systématiquement la paille car cela fait de bons engrais sur le champ », explique Alex Sontag, le directeur de la FRSEA. Il rappelle qu’en 2003, lors de la fameuse sécheresse de l’été, « des éleveurs n’avaient pas eu de paille et sont allés en chercher très loin, jusqu’en Belgique ».

D’où cette proposition du principal syndicat agricole consistant à « d’abord inciter à ne pas broyer pour proposer de la paille à des éleveurs ». C’est la recherche de la « contractualisation », indispensable pour éviter que le céréalier se retrouve avec de la paille non broyée sur les bras. C’est seulement s’il ne trouve pas preneur qu’il pourrait, dans un second temps, broyer quand même. Un tel arrêté a déjà été pris dans le département de la Sarthe, d’autres sont à l’étude, notamment en Bretagne.

« Beaucoup de maïs n’ont pas levé par manque d’eau »

En Franche-Comté, la FRSEA décrit une situation potentiellement très délicate s’il ne pleut pas rapidement. « Il est difficile de mesurer précisément l’impact sur les récoltes, mais la situation est irréversible pour les plantes cultivées dans les terres légères. Un manque d’eau à cette période peut faire chuter le rendement de 40 à 50 %. Beaucoup de maïs n’ont pas levé par manque d’eau. » Des restrictions d’usage de l’eau ont déjà été prises dans trois départements, la Haute-Saône doit l’examiner demain.

Outre l’interdiction du broyage, la FRSEA souhaite aussi l’autorisation d’utiliser le couvert végétal des jachères pour nourrir les bêtes, une avancée des dates de fauches pour les mesures agro-environnementales, et... le versement des aides 2010 pour calamités !

La culture du maïs, réputé consommer beaucoup d’eau, peut-elle être remise en cause par cet épisode qui s’inscrit dans les prévisions de réchauffement du climat faites par les scientifiques ? Non, selon M. Sontag car il n’est « pas irrigué en Franche-Comté ». Quelles sont les fermes qui souffrent le plus de la sécheresse actuelle ? « Les exploitations viandes, les grosses laitières et les agriculteurs qui ont fait de gros investissements. »

Bref, estime la FRSEA, « le monde agricole n’aura pas les moyens de se payer une année de crise ». Alors que le candidat Sarkozy cherche à récupérer un électorat paysan dubitatif, le message est clair.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 11.05.2011

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