daniel bordur - journaliste

Retourner à la terre ?

Philippe Desbrosses est intervenu le 4 août lors des secondes rencontres « Bâtir l’avenir » sur le thème « Être ou avoir : pour une économie non violente dans une civilisation de l’amour » qui se sont tenues à Consolation (Doubs) .


Avant de parler, il prend trois grandes inspirations. Histoire d’être bien en phase avec son auditoire, Philippe Desbrosses, ami, condiscipline de Pierre Rabhi qui l’a précédé de deux jours, n’est pas un illuminé, mais un paysan qui cherche la lumière. Expert et agronome, il a présidé la commission du label AB (agriculture biologique), fut consultant auprès de l’Union européenne, est « toujours » chargé de mission du ministère de l’Agriculture pour le Grenelle de l’environnement.

Revendiquant une dimension spirituelle à sa pratique, en Sologne, il annonce la couleur de sa conférence : « parler du fondement de la vie... et de la terre. Il faut nourrir notre corps si on veut que notre esprit fonctionne, mais comment vivre en bonne santé sur une planète malade ? »

« L’imposture des agrocarburants »

Il pointe le risque de la « disparition de la matière organique » en Beauce ou en Brie : « il faut 40 ans pour faire un désert... » Et lâche un « mea-culpa public : j’avais oublié l’importance de l’arbre. Sa disparition est la première atteinte. Car il favorise la fertilité des sols, sert de pompe à eau... » Il défend le retour à la terre « comme la première chose à opérer », fait le parallèle entre « la disparition des paysans et l’augmentation des profits de la pétrochimie ». Il retourne la critique anti-écolo qui dénonce le retour à la bougie, et assure « préférer la bougie au cercueil ». Car, « pour donner aux banquiers le superflu, il faut retirer aux gens ce dont ils ont besoin... Il faut reformater les cerveaux : la reconnaissance sociale ne doit plus être dans l’accumulation des avoirs, mais dans le juste équilibre entre avoir et être ».

Les outils d’un retour réussi à la terre sont pour Desbrosses le « partage du foncier » et la formation car « nous avons perdu nos savoirs ». Il multiplie les exemples, explique qu’une plante est bien là « où elle produit les éléments nécessaires au sol ». Ainsi le lupin, ou fève d’Égypte, poussant en terrain acide, davantage protéiné que le soja qui l’a supplanté pour une question de brevet et d’intérêts financiers. Il dénonce « l’imposture » des agrocarburants qui font exploser les cours du maïs et du colza, et pompent les ressources en eau.

Puis il « clôt » son propos. Entre deux coups de clochette, l’orateur et l’auditoire, observent trois minutes. Histoire d’« arrêter le tumulte qu’il y a en nous ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 05.08.2011

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