daniel bordur - journaliste

Réquisitoire contre l’ordre du monde

La seconde édition de ’’Culture et résistances’’, en février 2006 à Besançon, argumentait pour l’interdiction des OGM. 


Le réquisitoire est implacable. Le diaporama d’Attac-Var sur la manière dont le semencier américain Monsanto est parvenu à ses fins en Europe résonne comme une terrible accusation. Si la firme semble avoir passé tous les obstacles à la commercialisation de son maïs transgénique MON863, c’est qu’elle dispose de moyens juridiques et financiers considérables.

On s’étonne de la rapidité de la propagation d’un parasite du maïs en Europe. Il avait mis plus d’un siècle à traverser les Etats-Unis, du nord au sud. Débarqué en 1992 en Serbie (dans les avions de l’OTAN ? ), il infestait une dizaine d’aéroports européens en quelques mois. Et surtout, Monsanto avait déjà la parade : le MON863 ! Une variété de maïs transgénique qui résiste à la bébête.

Des études d’impact sont prévues par une directive européenne ? Monsanto en commande une sur l’effet à 90 jours sur les rats, alors qu’il faudrait l’évaluer sur trois ans. La firme exige la confidentialité. Greenpeace obtient de la justice allemande la transparence, Monsanto fait appel et perd.

Résultat : les rats nourris aux OGM ont davantage de globules blancs, des reins atrophiés, des perturbations digestives...

Étude « réévaluée »

La commission du génie biotechnique parle de risques pour la santé animale, mais l’Agence européenne de santé alimentaire dit le contraire. Puis Monsanto réévalue les conclusions de l’étude : les différences constatées entre rats nourris aux OGM et les autres seraient dues à la « variabilité naturelle ».

Comme aucune majorité qualifiée n’est acquise au Conseil européen contre l’autorisation du MON863, la demande passe. Elle est très vite suivie d’une demande d’autorisation pour l’alimentation humaine... Puis d’une demande d’autorisation d’importation pour le colza GT73 tolérant au fameux herbicide Roundup, mais causant des problèmes de foie sur les rats.

S’ensuit un débat où se mêlent analyse et colère. Christophe Devarine, du collectif franc-comtois anti-OGM, trouve « catastrophique » le projet de loi transposant la directive européenne dans le droit français, alors qu’un sondage BVA indique que 78 % des personnes interrogées sont pour l’interdiction des OGM. Il rappelle que tous les cantons suisses ont voté un moratoire de cinq ans.

Pollué payeur !

Jean-Marie Pertusier, ancien élu de la Confédération paysanne à la chambre d’agriculture de Haute-Saône, est formel : « Les OGM n’ont aucun intérêt pour les agriculteurs : les semences sont plus chères. C’est le pollué qui est le payeur : un agrobiologiste a perdu son habilitation pour du soja contaminé ! La coexistence est impossible car on ne contrôle ni le vent ni les insectes ni ce qui se passe dans le sol... »

Jean-Paul Henry, de Grand’Combe-des-Bois, est applaudit quand il affirme : « Je suis un faucheur volontaire et je faucherai encore ! N’oublions pas que la France paie encore son refus d’importer le veau aux hormones des USA il y a vingt ans... »

Une jeune femme propose une « troisième voie », celle des cultures associées au maïs ou au blé, par exemple le trèfle qui capte l’azote. Elle voudrait qu’on « donne autant d’argent à la recherche sur ce sujet que pour les OGM ». Jean-Marie Pertusier répond : « Comme on va vers la privatisation de la recherche, celui qui finance obtient des analyses. Et les grandes firmes font travailler les labos. » Jean-Paul Henry renchérit : « L’INRA n’a pas les moyens de faire une transgénèse du maïs, Monsanto, si. »

Usine à pauvreté

Plus tard, un film sur les dégâts économiques, sociaux et environnementaux causés par le soja OGM en Argentine achève de convaincre les plus sceptiques. En trente ans, la surface de soja OGM a été multipliée par quinze, remplaçant l’élevage et le blé qui faisaient du pays un grand nourrisseur du monde. Aujourd’hui, le soja OGM argentin nourrit le bétail européen. Le pays importe à manger, les éleveurs et les cueilleurs de coton ont perdu leur emploi et s’agglutinent dans les bidonvilles. Et le soja s’attaque désormais à la forêt, ruinant aussi le sol. « L’usine qui produit la pauvreté est dans le monde rural », dit Jorge Rulli, un résistant argentin au nouvel ordre du monde...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 19.02.2006


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