daniel bordur - journaliste

Productivité et maîtrise des coûts

La filière porcine franc-comtoise encourage l’investissement pour produire bon marché...


Cela faisait longtemps que la filière porcine régionale n’avait pas tenu sa traditionnelle journée annuelle dans un contexte économique favorable. Enfin, tout est relatif : moins défavorable que d’habitude. Selon les conjoncturistes des chambres d’agriculture, le marché européen reste orienté à la hausse, ce qui profite surtout à l’Europe du nord, la France connaissant un tassement avant un rebond annoncé en cette fin d’année. Cette situation semble reposer sur une forte croissance de l’exportation vers l’Asie que certains pronostiquent durable. Cela tire à la hausse les prix payés aux éleveurs à une période où ils ont plutôt tendance à baisser.

Retard d’investissement en France par rapport à l’Allemagne

C’est donc le moment d’investir, concluent les chambres d’agriculture. Ne serait-ce pour combler le retard de la France sur ses voisins pour la mise aux normes « bien être » que l’Union européenne a décrété pour 2013. Alors que 90 % des places de truies gestantes sont déjà aux normes, on estime être à moins de 50 % dans notre pays, 60 % aux Pays-Bas, 70 % au Danemark.

« Il faut investir, on a un gros retard », est venu dire aux Comtois Edgar Basset, responsable technique de la coopérative Cirhyo de Montluçon qui réunit 600 éleveurs d’un million de porcs dans une trentaine de départements.

Laurent Alibert, de l’institut technique du porc (Ifip) assure que les professionnels peuvent avoir confiance car le porc est « la première viande consommée au monde ». Reste que devant être « vendue bon marché », il faut « être productif ». Ce qui tombe bien puisque les investissements que ces experts recommandent devraient permettre de diminuer des coûts : « rénover un bâtiment, c’est moins d’aliments pour davantage de viande produite et une meilleure approche sanitaire », dit Laurent Alibert. « Plus on investit, moins on dépense en vétérinaire et en antibiotique », assure Edgar Basset.

Onze demandes de mise aux normes « bien-être » subventionnées

Le message paraît être déjà passé parmi les éleveurs comtois puisque onze dossiers représentant 400.000 euros de travaux ont été déposés pour 267.000 euros d’aides publiques, explique Guy Pourchet, le président de la filière régionale. Elle produit 250.000 porcs par an dans 270 élevages dont une centaine importants.

Reste le perpétuel caillou dans la chaussure des professionnels, qu’ils soient comtois ou d’ailleurs : les aliments génétiquement modifiés. « C’est impossible de faire autrement pour une question de compétitivité. On ne se pose pas la question de l’origine pour 80 % des porcs, il ne faut pas confondre citoyens et consommateurs », dit Laurent Alibert. Il est vrai que l’information réclamée par les premiers sur les étiquettes n’est pas accordée aux seconds, aussi bien par l’Union européenne que par la France, sans que cela ne scandalise la filière qui préfère se battre sur le front économique plutôt que sur la qualité. « La viande pas cher, ou c’est nous qui la produisons, ou c’est les autres... Le problème de la qualité, c’est qu’elle correspond à un marché de niche », ajoute Edgar Basset.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 01.12.2011

Textes et images © Jurandoubs | mentions légales | Site réalisé avec SPIP par Lionel Volta.