daniel bordur - journaliste

Prix du lait : coup de semonce

Une trentaine d’agriculteurs ont collé vendredi 6 août 2010 deux milles étiquettes « Cette marque paie mal les producteurs de lait » sur les produits de quatre groupes dans les rayons d’un hypermarché de Besançon.


Drapeaux FNSEA et Jeunes Agriculteurs d’une main, liste des produits Bel, Bongrain, Lactalis et Senoble de l’autre, ils n’ont pas mis une heure pour boucler leur action destinée à forcer les industriels laitiers à « revenir à la table des négociations » d’ici le 12 août. Pour commencer, l’opération est médiatique, un point presse s’improvise sur le parking. « Si la situation n’évolue pas , nous irons devant les sièges sociaux et ça pourra durer longtemps. Même les coop pourront être visitées », dit Martial Marguet, président de la section lait de la FDSEA du Doubs, vice-président de la fédération nationale des producteurs de lait. Ils refusent que les 31 euros d’augmentation pour 1.000 litres aient fondu en 13 euros...

La troupe entre ensuite dans le centre commercial où l’attend M. Delode, de la direction. Il se fait expliquer l’action, évalue le rapport de forces et convient : « Bon d’accord... Je me permets d’insister sur les bonnes relations que nous entretenons avec les producteurs de produits régionaux... » Marguet le met à l’aise : « On a affaire à deux ou trois mastodontes qui veulent imposer leur loi de la jungle. À la différence des PME régionales, ils pompent toute une filière ». Le directeur s’inquiète pour l’image de Casino : « Évitez que ce soit filmé dans le magasin... » Sourire du syndicaliste : « On ne pourra pas accéder à votre demande... »

Dans les rayons, ça colle à tour de bras sur la Vache qui rit, Cœur de Lion ou Bridel. Kevin, éleveur à Bretonvillers, est venu « défendre les collègues en lait traditionnel qui nous ont défendus quand le lait à comté était bas ». Élie, est venu de Montbéliard. Il livre à la coop de l’Ermitage, est payé 293 euros les 1.000 litres : « il faudrait 350, on a dû faire un prêt de trésorerie pour se payer ». Hippolyte de Palise, livre Mulin à Noironte, ne saura qu’en septembre le prix du lait livré en juillet : « Si les quatre gros ne respectent pas l’accord, comment Mulin ou l’Ermitage le pourraient ? »

Des dialogues s’engagent avec des clients. « Et les produits Casino, ils font quelle marge ? » dit une dame. « Ils paient au ras des pâquerettes », dit un paysan. Le secrétaire général de la FDSEA, Philippe Monnet, est satisfait : « Une dame achète habituellement du beurre Président (Lactalis), elle ne l’a pas fait. J’en ai encouragé une qui achetait du Milleret, une famille locale qui joue le jeu... » Un monsieur montre fièrement son beurre de Nozeroy : « J’achète régional ! »

Quand les 2 000 étiquettes sont collées, on débriefe vite fait : « Tenez-vous prêts pour le 12, organisez-vous pour être disponibles plusieurs jours », dit Martial Marguet.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain, 07 08 2010


Mêmes causes, mêmes effets

Les éleveurs laitiers du Doubs ont beau, dans leur majorité, bénéficier des bons prix du lait à comté, leur mobilisation en faveur des producteurs de lait standard ne fait aucun doute.

D’abord, la FNSEA n’entend pas laisser à d’autres le soin d’organiser la protestation, comme l’hiver dernier. Cela lui a assez coûté.

Ensuite, la contractualisation avec les transformateurs, qu’elle a appelée de ses vœux, est désormais dans la loi de modernisation agricole qui a été votée le mois dernier. Et c’est justement sur cette loi que s’appuie le ministre Bruno Le Maire pour simplement souhaiter un accord. Ce que déplore le député PS Henri Emmanuelli en dénonçant la « libéralisation des conditions de négociation entre grandes surfaces et fournisseurs » induite par la nouvelle loi.

Visé par l’appel au boycott des agriculteurs, le fromager Bel (La Vache qui rit) a rejeté l’ultimatum du 12 août pour une reprise des négociations et a maintenu à septembre les réunions pour fixer les prix du second semestre. Ce qui signifie notamment que les agriculteurs livrent depuis juillet un lait sans savoir combien il leur sera payé.

Pas étonnant qu’ils râlent.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain, 07 08 2010

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