daniel bordur - journaliste

Pourquoi le lait augmentait fin 2007 ?

Après plusieurs années de stagnation des prix, le marché mondial et la dérégulation ont influé sur les stratégies industrielles.


Pourquoi les prix du lait ont-ils flambé à l’automne 2007 ? « Aucun expert ne l’avait prévu », souligne Martial Marguet, vice-président de la fédération nationale des producteurs laitiers, la FNPL affiliée à la FNSEA, qui vient de tenir son assemblée générale à Saint-Etienne ?

À cause de la demande chinoise, disent les uns. De la sécheresse australienne, disent les autres.

Certains concluent à une pénurie sur le marché mondial. Ce qui expliquerait des prix en hausse. Des prix payés aux producteurs de lait, comme des prix payés par les consommateurs. « Fin 2007, des industriels ont acheté du lait jusqu’à 500 euros la tonne », dit Denis Narbey, élu de la Confédération paysanne à la chambre d’agriculture du Doubs. Un prix négocié entre laiteries, bien plus élevé que celui recommandé par les accords entre producteurs et transformateurs, autour de 380 euros.

Pour Denis Narbey, il faut remonter à la réforme de la PAC de 2003 pour saisir ce qui s’est passé. L’Europe avait alors diminué les aides à l’exportation sur la poudre de lait et le beurre : « l’industrie, ayant moins intérêt à en exporter, a fabriqué davantage de fromages pour un marché européen déjà pris. Cela a entraîné une baisse du prix du lait (payé aux producteurs) entre 2001 et 2007. Les exportations européennes de poudre et de beurre sur le marché mondial ont baissé alors que la demande restait la même. Il a suffi de la sécheresse australienne de 2006 pour que la demande mondiale augmente. Les prix ont alors augmenté, les industriels français ont à nouveau vendu du lait sur le marché mondial. Des paysans ont sauté dans le train, n’ont pas vendu les vaches qu’ils pensaient éliminer, on s’est retrouvé avec 7% de lait en plus en décembre et janvier qu’un an plus tôt ».

Envolée des céréales

Ce ne sont cependant pas les seuls facteurs de hausse. « Il y a eu l’envolée des prix des céréales (entrant dans l’alimentation du bétail) due aux agro-carburants », souligne Martial Marguet (FNPL), éleveur en zone comté, dans le Haut-Doubs. Autre ingrédient de la hausse, l’abandon progressif par l’Europe des outils de régulation des marchés : « les montagnes de stocks de beurre ou de poudre ne sont plus là, mais parler de pénurie est excessif », ajoute Martial Marguet.

+ 2% sur les quotas

C’est dans ce contexte que la Commission européenne vient de décider d’augmenter de 2% le quota laitier européen pour la prochaine année laitière qui démarre le 1er avril. Les 27 pays auront à se répartir 2,84 millions de tonnes supplémentaires à produire. Alors que l’Allemagne et l’Autriche votaient contre pour « protéger les producteurs d’une baisse des prix », la France s’est abstenue en estimant que 1% aurait été préférable. Michel Barnier a cependant annoncé à la FNPL ajouter 0,5% aux 2% de quotas européens supplémentaires. « Ces 2% seront dévolus aux régions, il n’y aura pas de transferts entre elles, il s’agit de produire partout », rapporte Martial Marguet.

Il fait notamment partie de ceux qui se félicitent que le ministre veuille favoriser les systèmes herbagers et les zones de montagne, autrement dit l’agriculture extensive. Dans le collimateur des éleveurs, il y a la grande distribution, accusée traditionnelle. Plus discrètement de la part de la FNCL, les transformateurs, réunis avec elle au sein du CNIEL (comité national interprofessionel de l’économie laitière), sont franchement montrés du doigt par la Confédération paysanne : « la part des intermédiaires a toujours augmenté ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 21.03.2008

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