daniel bordur - journaliste

Paysans inégaux face aux aides

Sur 180 millions d’aides directes à l’agriculture franc-comtoise, 100 millions vont au lait mais les céréaliers touchent, par exploitation, deux fois plus que les éleveurs laitiers.


Les céréaliers et producteurs d’oléagineux et protéagineux de l’ouest de la Haute-Saône et du nord du Jura sont les agriculteurs de la région ayant perçu, en moyenne, les plus fortes aides publiques. Associés à ces productions mais sans obligation de produire, les DPU, droits à paiement unique, ont représenté 115 millions d’euros en 2006 dans la région. La moyenne par exploitation et par canton dépasse 20.000 € dans ces secteurs, ainsi que dans quelques cantons de la vallée du Doubs. Avec le quart des exploitations comtoises, la Haute-Saône a reçu 40 % des DPU. Avec le tiers des exploitations, le Jura a reçu 25 % des DPU. Les DPU les plus faibles, inférieurs à 10.000 € par ferme, sont concentrés sur les plateaux du Doubs et du Jura, et dans les Vosges saônoises. La plus faible moyenne cantonale est de 2.300 €, la plus élevée de 29.000 €.

Le second pilier rééquilibre

La répartition des 28 millions d’aides dites « recouplées », autrement dit liées à la production et complétant les DPU, se fait quasiment selon la même répartition géographique.

En revanche, les aides dites du « second pilier » représentent une part plus importante du total des subventions dans les secteurs montagneux des plateaux du Doubs et du Jura, et des Vosges saônoises. Ce second pilier est essentiellement constitué des aides à l’installation et à la modernisation, des mesures agro-environnementales et de l’indemnité compensatrice de handicap naturel (ICHN) qui ont représenté 42 millions. Le « rétablissement d’un certain équilibre géographique » est surtout le fait de l’ICHN. Le Doubs en a ainsi touché 16 millions, soit les deux-tiers du total régional, avec une moyenne de 7.000 € par exploitation, contre 2.500 € en Haute- Saône.

Aides équivalentes au revenu des fermes

Sur près de 180 millions d’aides directes versées en Franche-Comté, 100 millions sont allés à la production laitière, 45 millions aux grandes cultures, 15 millions aux céréales, 10 millions à l’élevage bovin, 5 millions à la viticulture et 3,3 millions aux autres productions parmi lesquelles les fruits et l’horticulture. Le total des soutiens publics atteint 248 millions si l’on prend en compte les aides aux filières ou aux territoires ruraux.

La répartition est très différente selon le type de production. La moyenne la plus élevée est de 40.414 € par exploitation céréalière, 33.278 € pour les grandes cultures, 30.289 € pour l’élevage bovin, 26.816 € pour les fruits et l’horticulture, 19.816 € pour le lait, 12.821 € pour la viticulture.

Pour élevées que puissent sembler les aides publiques à l’agriculture, elles sont « équivalentes au revenu net des entreprises agricoles comtoises », écrit la DRAF. Et sans l’ICHN dans le Doubs et le Jura, et les aides recouplées en Haute-Saône et dans le Territoire de Belfort, « l’écart serait encore plus fort » entre exploitations céréalières et laitières.

Reste que la proportionnalité des aides à la production est un encouragement à l’agriculture intensive. Et une prime accordée aux plus riches, aujourd’hui les céréaliers qui gagnent sur les deux tableaux : leurs subventions s’envolent avec les cours du blé... De quoi donner du... blé à moudre à ceux qui militent pour un plafonnement des subventions. Ils sont nombreux en Europe.

• Sources : Agreste de mars 2008, disponible à la DRAF, 4,50 €.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.04.2008

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