daniel bordur - journaliste

Paysans en herbe et photographes

À quelques jours du bac, des élèves du lycée agricole de Levier racontent leur vision du métier auquel ils se préparent en photographiant leurs animaux.


Ils appartiennent à la première génération de lycéens agricoles qui doit intégrer dans ses rapports de stage en situation professionnelle les dimensions environnement et développement durable. À tel point, explique leur prof de biologie, Jean-Pierre Gurtner, que cela a « étonné certains maîtres de stage ». Eh oui, tout arrive, même l’écologie en agriculture !

Élèves au lycée agricole privé de Levier, ils se sont photographiés, ou fait photographier, avec un animal d’élevage, parfois en l’enlaçant tendrement, toujours avec une mise en scène montrant la complicité. Cela a donné une exposition visible jusqu’au 25 juin dans le hall du Conseil général, à Besançon. Ces images seront montrées lors de la finale du concours de labour le 29 août à Arc-sous-Cicon, avant de circuler sur les comices de l’automne.

Lisier ou fumier ?

Interpellant par leur fraîcheur, les photos cherchent aussi à « donner une image positive de l’agriculture », dit Fabien, fils de paysans à Villedieu. Cette image serait-elle dégradée ? « Oui, on est critiqué, on nous dit pollueurs », constate Romain. Tous en sont un peu ébranlés, mais ont envie de défendre le métier dans lequel la plupart sont tombés tout petits. Car c’est toujours plus facile de devenir paysan quand ses parents le sont. Sébastien le sait, lui qui envisage une installation hors cadre familial : « C’est plus dur pour moi que pour ceux dont les parents ont une ferme ». Ses camarades opinent : « Il devra être encore plus motivé, pas comme nous qui sommes déjà dans la place », dit Florian.

Défendre le métier, c’est aussi préférer le fumier au lisier. « Avec le fumier, on maîtrise davantage », assure Fabien. Sophie, de Montflovin penche aussi pour le fumier. « Mais il faut acheter de la paille », dit Florian chez qui lisier et fumier sont à « 50-50 ». Pourquoi ne pas alors cultiver des céréales ? « A 35 quintaux à l’hectare, ce n’est pas rentable », tranche Maxime. Pas toujours facile de cultiver à 800 m d’altitude. Surtout quand « il n’y a plus de prairies temporaires » du fait de la prime à l’herbe. On peut en effet cultiver de temps en temps sur une prairie temporaire, mais la prime saute...

Si on se demande parfois « pourquoi on fait de la physique plutôt qu’apprendre à remplir un dossier PAC », on ne rechigne pas à l’idée qu’un paysan est aussi, un peu, agronome...

Amour intemporel

Que pensent-ils de la génétique ? « Il faut qu’une vache soit rentable », assure Romuald. « J’aime mieux traire une petite mamelle plutôt qu’un gros sac », image Florian qui a, dans la ferme familiale, la responsabilité de préparer les bêtes pour le comice. Tous sont d’accord pour considérer qu’un troupeau à 8.000 ou 9.000 litres de lait en moyenne par vache, c’est un peu exagéré en zone AOC. « Soit la sélection est faite sur le critère lait, soit c’est cher en complément alimentaire ». Malins les jeunes, ils connaissent les ficelles. Ils savent qu’on fait plus de foin pour l’hiver quand on mène les génisses à l’alpage. Ils n’ont pas honte du mot « paysan », bien au contraire : « un exploitant exploite tout »

Ils font aussi valoir « qu’on ne gueule plus sur nos bêtes, qu’on ne leur tape plus dessus ». Le bien-être animal, notion longtemps abstraite, introduite dans les textes par l’Europe, leur est une évidence. Ce qu’ils ont voulu faire passer dans les photos, « c’est l’amour », s’exclame Florian.

Un amour en noir et blanc parce que « c’est intemporel », dit Sophie, parce qu’on « est plus beaux », dit Florian.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 11.06.2010

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