daniel bordur - journaliste

Paysans aux portes de la ville

« Un dimanche à la ferme » en 2007 à Saône, à 10 km au sud de Besançon, chez Christian Morel et Agnès Duffait. L’occasion d’expliquer à des centaines de visiteurs comment ils composent avec l’urbanisation et les enjeux environnementaux.


Une agriculture décomplexée a fait sa promotion, hier dans le Doubs, à l’occasion de l’opération Un dimanche à la ferme. « On communique avec la population, on est en relation avec la société », proffesse Gabriel Baulieu, directeur de la chambre d’agriculture, principal ordonnateur d’une manifestation déclinée dans neuf exploitations des plateaux et de la montagne.

« Il s’agit de faire connaître l’agriculture et ses méthodes de travail », commente Christian Morel, l’un des hôtes du jour, dans le GAEC qu’il tient à Saône avec sa compagne, Agnès Duffait. On pourrait ajouter : et les partenariats qu’elle entretient avec ses filières, ses voisins, son environnement.

A Noël-Cerneux, on a ainsi ouvert simultanément la ferme de Didier Balanche et la fruitière à comté de l’autre côté de la rue. On a parlé rando à cheval, à pied, à VTT au GAEC des Clochettes à Brey et Maison-du-Bois, près de Mouthe. On a visité le jardin aux 800 plantes de Josiane Goepfert, qui en pince pour la diététique, à Froidevaux...

Le dilemme des terrains à bâtir

A Saône, dont la population a doublé en quinze ans, où il ne reste que six exploitations, on a mis l’accent sur les enjeux liés à la proximité de Besançon. « La voie des Mercureaux va avoir pour conséquence des terrains encore plus chers chez nous. Et avec la spéculation liée à la gare TGV à Auxon, nous allons récupérer beaucoup de pavillons. Le prix des terrains constructibles vaut aujourd’hui, avant même toute négociation, un siècle de loyer agricole, 150.000 euros l’hectare », chiffre Christian Morel.

Pourquoi alors compte-t-il parmi les partenaires de ses « portes ouvertes », le promoteur immobilier qui construit deux lotissements à Saône ? Christian Morel n’élude pas : « C’est le dilemme de l’agriculture péri-urbaine. Autant faire avec, que contre, d’autant que c’est un ami. Le problème est surtout entre les agriculteurs actifs, qui ont besoin de terres, et ceux qui veulent partir à la retraite en vendant un peu de terrain à bâtir. On essaie de travailler ça avec les maires du canton, au niveau du PLU... »

Les pâtures du marais

Elu à la chambre d’agriculture en janvier dernier, il entend « montrer l’exemple ». Proche de la ville, entouré de voisins employés, cadres ou ouvriers, il en tire une leçon que tous les paysans n’ont pas retenue : « On ne peut pas être crédibles sur nos produits AOC si on n’est pas compris des gens. » Il a ainsi « voulu » que le syndicat mixte du marais de Saône soit au programme de la visite. Histoire de bien faire comprendre la complexité des enjeux : préserver une zone humide longtemps délaissée, pleine de moustiques, essentielle à Besançon qui y trouve la majorité de sa ressource en eau, captée à la source d’Arcier.

Christian Morel est l’un des trois agriculteurs de Saône à participer à la reconquête de pâtures extensives sur le marais. Il y a cinq vaches de réforme, au côté de cinq autres vaches et autant de chevaux comtois de deux de ses collègues. C’est du travail que le syndicat du marais paie 100 euros par bête et par an. « On a besoin d’une agriculture péri-urbaine », dit son président, le conseiller général Yves-Michel Dahoui.

Montbéliardes et morbier

C’est en bétaillère que plusieurs dizaines de visiteurs de la ferme se sont rendues sur le marais, se faisant expliquer l’action par les chargés de mission du syndicat. « Nous sommes en phase de préparation du plan de gestion à cinq ans que nous lancerons à la fin de l’année », explique l’un d’eux, Christophe Verrier. Il s’agira de savoir quels travaux entreprendre pour ouvrir quels espaces, d’étudier la faune spécifique où l’on a déjà recensé une libellule (le cénagrillon de Mercure) et un papillon (le damier de la succise). Les chasseurs ont fait de même un peu plus loin avec deux chevaux.

On en oublierait presque la ferme elle-même. Rationnelle, elle est un bon exemple de polyculture-élevage. Quelque 55 % des 135 hectares sont en herbe et nourrissent 55 laitières et 75 génisses. Grosses productrices, les montbéliardes du GAEC donnent 7.300 litres par an, alimentant un quota annuel de 358.000 litres que l’Ermitage transforme en morbier. Le reste de la surface est consacré au blé, à l’orge, au colza et... à une petite jachère gérée avec les chasseurs.

A 13 h, près de 400 personnes étaient venues voir et, pour certaines, déjeuner. On en attendait beaucoup plus l’après-midi.

Un observateur local avisé se posait quand même une grave question : la ferme sera-t-elle toujours là dans dix ans ?

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 06.08.2007

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