daniel bordur - journaliste

« Paysan, c’est pas une religion »

Dans le film L’Apprenti, Paul Barbier joue au cinéma son propre rôle de paysan réfléchi et généreux. Homme engagé et de convictions, il n’ira pas au Salon de l’agriculture 2009.


« Paysan, c’est pas une religion », dit Paul Barbier dans L’Apprenti, le film de Samuel Collardey où il interprète son propre rôle, dans sa ferme de Lizerne, près de Maîche. L’hiver, on y voit le soleil une fois la matinée bien entamée. Les poules courent de l’étable au jardin. Le chien fait paisiblement fête au visiteur. Le temps n’est pas arrêté, il va au rythme de la saison.

Paul Barbier a une conception réfléchie du métier. « J’ai toujours voulu travailler pour vivre, et avoir du temps ». Pour participer à la création d’une association d’aide aux paysans en difficulté. Pour accueillir des stagiaires : « Ce n’est pas facile, il faut beaucoup s’investir ». Il combla le « grand vide » créé par le décès d’un enfant malade en organisant le catéchisme...

Assez extensif

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Paul Barbier, dans sa ferme, avec sa femme et leur fils.

Le quota laitier de 130.000 litres, inférieur à la moyenne départementale, a été récemment augmenté « pour que le jeune ait un bel outil ». Pour nourrir 25 vaches « trayantes » et un peu moins de génisses, 50 hectares d’herbe suffisent : « On a récupéré un peu de terre, ça permet d’être assez extensif, on produit presque tout sur l’exploitation ».

David, le « le jeune », se prépare à reprendre en étudiant l’agriculture à Besançon. Quand il y a amené le budget de l’exploitation, ses profs n’y croyaient pas. « On dit qu’une petite ferme, ça ne gagne pas... Nous, on ne roule pas sur l’or, mais on gagne correctement. Et on touche moins d’aides... Ils n’imaginent pas produire sans compléments alimentaires... » Il a refusé les farines de viandes à l’origine de la vache folle. « Je disais aux vendeurs que je n’en voulais pas, ils me répondaient ’’tout le monde en met’’. J’ai préféré acheter des céréales. On ne réfléchit pas assez au long terme, il faut que tout soit rentable tout de suite ». Il se souvient du « slogan de 1974 » quand il préparait son brevet agricole aux Fins avant de reprendre la ferme de son père : « Les techniciens nous disaient : produisez plus, vous gagnerez plus. Mais il y avait des montagnes de beurre et des stocks de poudre de lait. Quand je disais : ’’on produit quoi ?’’, on me répondait : ’’tu ne vas pas tenir longtemps paysan...’’ »

Un sacré courage

Il y est toujours. Il s’est mis tôt au bio : « On s’est reconverti un an avant le CTE [1], une belle arnaque : on pouvait toucher l’aide 5 ans et arrêter après. Certains ont eu de l’argent pour mettre des clochettes aux vaches ! Le Grenelle, c’est bien, mais ils ne prennent pas les mesures pour y arriver. Le crédit d’impôt pour passer en bio est de 2.000 euros, on avait promis 4.000... » On ne refait pas un syndicaliste...

Vers 1984, un désaccord sur les quotas laitiers naissants le fait quitter la FDSEA, dont il présidait sa section locale, et rejoindre la Confédération paysanne naissante : « Ceux qui avaient investi voulaient des quotas. Je disais qu’il fallait en donner à ceux qui en avaient besoin... ». Aujourd’hui, il tire son chapeau au militant FDSEA qui préside l’interprofession comté, Claude Vermot-Desroches : « En interdisant les robots de traite ou en limitant la production, il fait preuve d’un sacré courage ».

Une certaine fierté

De son côté, Paul Barbier n’en manque pas, assume même un échec : « J’ai mis vingt ans à monter une fromagerie... et deux ans à la couler. On n’a pas fait ce qui gagne, les produits frais, mais du fromage... On a été huit mois sans paie. Je ne regrette pas, j’aurais regretté de ne pas l’avoir fait... »

Cette année, il n’ira pas au Salon de l’agriculture qu’il a déjà visité : « J’admire les vaches qu’on y présente, qu’on soigne comme une miss France. Mais si je réfléchis, je me demande combien ça coûte. J’admire le travail, mais il y a un risque, le moindre truc qui traîne, elles le chopent. Avant, les bêtes étaient plus résistantes... »

Mais au fait, qu’a apporté le film ? « Une certaine fierté. Je reçois des lettres qui nous remercient ». Il ajoute ému, la main sur le coeur :« ça va direct là... »

Daniel BORDUR / ER 22.02.2009

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[1] (1) Contrat territorial d’exploitation, instauré sous le gouvernement Jospin.

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