daniel bordur - journaliste

OGM : les agrobiologistes se sentent menacés

Le groupement des agriculteurs bio du Doubs était prêt, en mars 2006, à des actions illégales si le projet de loi du gouvernement passait...


Les 124 agrobiologistes du Doubs sont contre les OGM. Ils l’ont réaffirmé hier à la ferme-auberge du Rondeau, à Lavans-Vuillafans, lors de leur assemblée générale. Alors qu’un projet de loi doit être examiné le 21 mars par l’Assemblée nationale, ils ont longuement débattu et adopté une motion rappelant les motifs de leur refus.

Le texte présenté par le ministère de la Recherche présente à leurs yeux de graves dangers. Il ouvre la porte aux essais en plein champ, renvoie à un décret ultérieur le soin de définir la « certaine distance » censée éviter une contamination jugée certaine des cultures non OGM. Il fait fi des sondages successifs selon lesquels 80 % des Français seraient contre. Il tolère 0,9 % d’OGM dans un produit alors que le seuil de détection est de 0,1 % : « on est sûr de perdre le label bio dès 0,1 %, mais on ne peut être indemnisé qu’à partir de 0,9 % », explique le président départemental Jean-Louis Guillaume, producteur de lait à comté à Bonnetage...

Les AOC anti OGM

Une loi est pourtant obligatoire car la France a trop tardé à transcrire dans le droit national la directive européenne 2001-18 destinée à protéger les cultures non OGM. Mais « pas celle-là », disent en coeur les agrobios qui ne sont pas tout seuls. Guy Reynard, responsable qualité de l’affineur Petite, précise qu’en Franche-Comté, outre les 350 producteurs bio, les 3.500 producteurs des fromages AOC sont également anti-OGM. Des dizaines de communes comtoises, la chambre d’agriculture du Jura, le conseil régional aussi...

Sophie Fonquernie rappelle la position de la chambre d’agriculture où elle suit le dossier : « On a mis en garde contre les risques de dissémination, pour la santé, l’éco-système et la brevetabilité du vivant... mais on veut continuer les recherches : il faut tenir bon dans la région et être ouvert nationalement ». Ambigu ? « La recherche implique un milieu confiné et de garanties sérieuses en plein champ, c’est différent du projet de loi qui veut tout libéraliser », répond-elle. Mais ils sont plusieurs à ne pas croire à ces « garanties sérieuses ».

Contamination irréversible

Christophe Devarine, du collectif comtois anti OGM, souligne que trente essais en France ont entraîné 234 contaminations. M. Triponey, l’attaché parlementaire de Paulette Guinchard, déplore l’absence de concertation des « consommateurs, producteurs et chercheurs » par le gouvernement. Il juge « maligne » la stratégie consistant à faire porter le projet par le ministère de la Recherche : « les opposants passeront pour des anti-science... »

L’alarmisme de Patrick Jeannin, éleveur à Vaucluse, est largement partagé : « si la loi passe, on ne parlera plus d’agriculture biologique. Nous n’avons pas d’autre alternative que nous battre ». Denis Narbey, porte-parole de la Confédération paysanne, abonde : « Refuser la loi n’empêchera pas la contamination animale. Et s’il y a une contamination, on ne peut pas revenir en arrière... »

Résolus, les agrobios sont entrés en résistance : « En cas d’acceptation du projet de loi, des actions légales et illégales en découleront... », clame leur motion.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.03.2006


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