En attendant la fin des quotas, en 2015, leur gestion qui était nationale et départementale, devient interrégionale.
Jusque-là, les quotas laitiers étaient gérés aux niveaux national et départemental. Avant leur disparition, à l’horizon 2015, cette gestion a été attribuée, en décembre 2010, par le ministre Bruno Le Maire, à neuf grands bassins interrégionaux à partir du 1er avril 2011, mais on attend toujours le décret. A la même date, doit entrer en application la contractualisation entre producteurs, transformateurs et distributeurs prévue par la loi de modernisation agricole adoptée il y a quelques mois.
C’est peu dire que les bassins laitiers rencontrent le scepticisme, voire l’opposition de la FNPL (branche lait de la FNSEA), de la Confédération paysanne (CP) et de la Coordination rurale (CR). Et le nouveau président de la FNSEA, Xavier Beulin, a exhorté la semaine dernière Bruno Le Maire à « ne pas confondre vitesse et précipitation »...
Le bassin de l’Est, qui regroupe Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Ile-de-France, trois des quatre départements de Champagne-Ardenne, et deux des quatre de Bourgogne, devrait, avec 14% de la collecte nationale de lait, faire jeu égal avec la Normandie, très loin derrière l’Ouest (35 %) mais devant le Nord (10 %), le Sud-Est (8 %), Poitou-Vendée-Haute-Vienne et Sud-Ouest (chacun 7 %), Centre (2 %).

À l’intérieur du bassin de l’Est, le Doubs et les Vosges sont les principaux producteurs. Orientés tous deux vers la transformation fromagère, leurs modèles dominants sont différents. Les pâtes molles et les grandes unités sont en Lorraine et Haute-Saône. Les pâtes pressées cuites (comté) et de nombreuses petites coopératives dans le massif jurassien. Les groupes nationaux, privés (Bongrain, Lactalis, Bel) ou coopératifs (L’Ermitage, Entremont-Sodiaal), sont bien implantés, côtoyant des opérateurs régionaux dans les produits frais (Senoble, CAL Blamont, coop Alsalait).
Cette énumération montre l’hétérogénéité de ce bassin Est, et sans doute ses difficultés à venir. Un comité de bassin regroupera les différents acteurs : six producteurs (3 FNSEA, 1 JA, 1 CP, 1 CR), trois représentants des coopératives, trois des industriels, un de l’administration, sans doute un des chambres d’agriculture. On imagine le casse-tête de la répartition des postes, sachant, qu’au-delà des représentations géographiques, les nombreuses appellations d’origines protégées (AOP comté, morbier, gex, mont d’or, brie, munster, langres) voudront avoir voix au chapitre. On imagine mal laisser de côté l’élevage de montagne, les zones de faible production où la collecte tient parfois à un fil, les fruitières ou les PME...
Un des premiers enjeux sera la définition d’une doctrine vis-à-vis de l’attribution des réserves départementales, constituées lors des cessations d’activités et des transferts de foncier. Elles permettent aujourd’hui la définition de politiques laitières par les chambres départementales d’agriculture. Le Doubs en a fait un levier pour favoriser l’installation de jeunes, voire l’aide aux petits producteurs. En Meuse ou Meurthe-et-Moselle, les attributions aux jeunes sont plus importantes en volume, mais moins fréquentes : on estime que le lait standard, moins bien payé que le lait AOP, n’est viable qu’à volumes plus importants.
Tout ce travail devra être réalisé sous l’égide du préfet de la région Lorraine, désigné « préfet coordonnateur de bassin ». Interrogée, la préfecture de Metz, indique que la mise en place du dispositif est prévue pour « le premier semestre »... On comprend mieux la petite phrase de Xavier Beulin déplorant la précipitation.
Des actuels 90 000 éleveurs laitiers de France, il pourrait n’en rester que 35 000 d’ici quinze ans...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 12.01.2011
Martial Marguet, vice président de la FNPL, producteur de lait à comté : « Le travail en comité de bassin ne va pas être facile. Encouragera-t-on la dynamique, l’installation, les secteurs en déprise ? On ne revendiquera pas de gestion spécifique pour les AOP, sinon on se coupera des augmentations de volume ».
Daniel Gremillet, président de la Coopérative de l’Ermitage : « Comme les réserves (de lait) départementales seront moindres, les projets départementaux devront converger ».
Gérard Coquard, élu de la Confédération paysanne à la chambre d’agriculture du Doubs : « C’est un bassin immense et disparate qui va accélérer la restructuration. Je crains la disparition de la gestion des droits à produire qui se fait à Besançon et la redistribution de la réserve départementale ».