L’improbable unité du si divers monde du cheval est-elle en train de se faire ? On n’en jurerait pas, mais une étape a été franchie en ce sens lundi 26 avril 2010 lors de la session de la chambre régionale d’agriculture de Franche-Comté.
En écoutant Michel Renevier, le président de la chambre, on n’en jurerait en effet pas. Il ne parle pas d’une filière, mais de plusieurs tant « les domaines d’activité liés à cet animal sont diversifiés ». Elles vont des services au sport, du spectacle à l’énergie, du loisir au tourisme et même à la viande ou au lait, avec, en outre une « forte dimension affective ».
Reste que ces univers parfois si éloignés les uns des autres ont une unité, au moins administrative. Depuis 2005, l’élevage de chevaux, quel que soit son objet, peut être une activité agricole. Ce fut une véritable « révolution » qu’on n’a pas évaluée comme telle, explique Laurent Pétat-Lenoir, le président du Conseil franc-comtois du cheval, créé lui aussi en 2005. Il est censé fédérer, pêle-mêle, un millier d’éleveurs de chevaux de trait dont 11 % ont plus de 5 juments, 450 éleveurs de chevaux de sport et de loisir, 131 centres et fermes équestres, des professionnels et des amateurs, 12.000 licenciés à la fédération d’équitation...
Si les représentants des différentes familles équestres de Franche-Comté ont parlé cheval près de deux heures, c’est aussi sous la pression des événements. Financé notamment par les gains non réclamés au PMU, un audit est en cours pour tenter de « définir les enjeux et perspectives » de la filière. Il est ainsi question de « sauver » le site bisontin des haras nationaux, menacé depuis la fusion avec l’école nationale d’équitation.
Toutes ces différentes familles vivent dans des mondes économiques, mais aussi symboliques, aux antipodes. Les éleveurs de poneys prospèrent mais veulent des aides. Les éleveurs à viande sont dans la double tourmente d’un cours très bas (1,05 euro le kg) et d’un marché aberrant : ils exportent en Italie alors que la France importe des carcasses du Canada ou d’Argentine.
Les services attendus de la « plus belle conquête de l’homme » ne sont pas ceux qu’on croit : « on est passé de 17 % des bois débardés par le cheval à 0,2 % », souligne Jean-Louis Cannelle en regrettant que les collectivités parlent davantage qu’elles n’agissent en matière de reconquête « moderne » du cheval-énergie renouvelable. En une vingtaine d’années, la race comtoise a cependant conquis la France, multiplié les naissances par quatre. La région détient le plus fort taux de cavaliers du pays dans quatorze disciplines sportives.
Dans ce contexte contrasté, la proposition de loi du député Lionnel Luca (UMP-Alpes maritimes) visant à modifier le statut du cheval en animal de compagnie pour en interdire la consommation de viande, apparaît comme une provocation. La chambre régionale a voté à l’unanimité une motion réclamant qu’elle ne soit pas inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.04.2010