daniel bordur - journaliste

Les chèvres débroussailleuses

Le petit troupeau de Philippe Moustache est parti à l’assaut des collines urbaines en friches.


La chèvre est bien plus sympa que la débroussailleuse ! Elle ne sent pas l’essence et ne casse pas les oreilles des voisins. Mastiqueuse infatigable, elle mange sept à huit heures par jour. Des feuilles, des broussailles, des épines. Aussi, quand Philippe Moustache a proposé à la Ville de lâcher les siennes dans les friches des collines, un accord a vite été trouvé.

Apiculteur fragilisé par la hausse de la mortalité des abeilles, il s’est diversifié l’an dernier en s’engageant dans l’élevage caprin. Quatre chèvres et un bouc ont commencé par débroussailler autour de sa maison d’un coteau de Bregille. Il en a aujourd’hui 22, bientôt 35. Elles sont ces jours-ci au Petit Chaudanne. Il ouvre au sécateur des brèches dans les buissons, les bêtes suivent, s’infiltrent, mâchouillent, nettoient.

Vingt-quatre hectares pour l’instant

Entre Chaudanne et Rosemont, Trois Châtels et Bregille, une douzaine de parcelles sont ainsi concernées par la remise en pâturage de vingt-quatre hectares. Il s’agit d’entretenir des espaces plus ou moins abandonnés, de mieux délimiter le partage entre prés et forêts, de préciser la place des haies. En fait, reconquérir un paysage biologiquement diversifié. « On essaie d’avoir 25 % de ligneux sur ces parcelles pour favoriser les oiseaux », dit Johnny Magnenet, technicien au service municipal des Espaces verts.

De par son alimentation, la chèvre travaille à contenir les lisières composées d’un ourlet buissonnier et d’un manteau arborescent. « Les prunelliers et cornouillers de l’ourlet sont très résistants et colonisateurs, même quand on les coupe ou les brûle. L’idéal est donc le pâturage », explique-t-il. Pour plus tard, on songe à faire venir des moutons et des ânes dont la mission serait d’entretenir les prés car ils préfèrent l’herbe aux arbustes. Les ânes peuvent aussi transporter des outils sur les chemins non carrossables, accompagner des randonneurs. La Ville projette également de recenser l’ensemble des terrains susceptibles d’être pâturés.

Du fromage au printemps

Pour l’heure, place aux chèvres. Leur lait _ 2,5 litres par jour _ nourrit aujourd’hui les chevreaux. « Je ferai sans doute fabriquer du fromage au printemps prochain. Il y a un marché pour vendre mais, pour fabriquer, il faut investir dans un laboratoire », dit Philippe Moustache qui, à 52 ans, s’interroge avant de se lancer lui-même.

Autre source de revenu pour l’exploitation, la vente de chevreaux dont la viande est savoureuse : « On peut en espérer une soixantaine par an. » Paysan urbain, il participe à un mouvement qui ne devrait pas s’arrêter. Des amis viennent donner un coup de main pour l’enclos protégeant les chèvres. « Les voisins et les promeneurs sont contents, ça donne de la vie aux collines. J’espère que cela fera école, il y a de la place pour plusieurs éleveurs. C’est un bien commun qu’on a laissé à l’abandon, il faut y travailler pour que nos enfants aient autre chose que la friche. »

Une friche qui n’a pas toujours été, comme l’attestent archives, cadastre et constructions plus ou moins bien conservées. L’une d’elle, un tunnel militaire de 12 x 2,5 m est ainsi transformé en abri. Cela tombe bien car la zone n’est pas constructible...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.09.2007

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