daniel bordur - journaliste

Les cantines en exemple

Les collectivités territoriales comptent sur la restauration collective pour dynamiser la consommation locale de produits régionaux. Traduction budgétaire prévue à l’automne 2009 pour le Conseil régional de Franche-Comté où s’est tenue la première conférence agricole.


Ouverte par la présidente du Conseil régional, Marie-Guite Dufay, qui l’a présentée comme une « réunion de travail », la conférence régionale agricole a débouché hier sur l’annonce de la création de groupes de travail. Ils devront rendre leurs conclusions pour septembre « si l’on veut une traduction budgétaire ».

Le premier groupe sera chargé de proposer « d’ici les vacances », a indiqué le vice-président Joseph Parrenin, une « signature régionale » pour les produits franc- comtois. Le second traitera de la restauration collective qui pèse 11 millions de repas par an en Franche-Comté. Les 110 participants à la conférence nourrissent de gros espoirs, surtout après avoir entendu la convaincante démonstration de Didier Thévenet, directeur de la cuisine centrale de Lons-le-Saunier. Pour protéger un captage d’eau polluée aux nitrates, la ville a aidé des paysans à se convertir aux céréales bio. Résultat, la moitié des 50 t de farine permettant aux cantines lédoniennes d’avoir du pain bio, est issue de la zone de captage.

Du local au bio

Ce n’est pas tout. Un contrat avec l’ENIL de Poligny a généré une fabrication de yaourts bio et de fromages locaux. Auparavant, les fromages étaient livrés après un détour par Lyon ou Paris... L’an dernier, c’est un maraîcher qui a été aidé à s’installer en contrepartie de l’engagement de la collectivité à consommer une grande partie de sa production : 4 t de carottes, betteraves, navets et pommes de terre...

René Barthelon est directeur du lycée agricole de Dannemarie-sur-Crète et du centre de formation agricole de Chateaufarine qui servent 1.500 repas par jour. « Si on veut mettre en place d’une filière bio, il faut le faire avec les économes d’autres lycées ». Didier Thévenet prévient : « Il faut d’abord commencer par acheter dans les filières traditionnelles locales. Assez naturellement on passe ensuite au bio ».

Effet de levier

Pour Guy Belot, dont l’entreprise abat 10.000 boeufs, 5.000 veaux et plus de 1.000 agneaux par an, la restauration hors foyer est un bon levier de relocalisation, elle pèse 22% de son chiffre d’affaires. Il regrette cependant que « beaucoup d’établissements de santé n’achètent plus de viande française », rappelle qu’il est plus rentable de vendre une bête de « la tête à la queue ».

Le troisième groupe de travail sera consacré aux grosses filières régionales que sont le lait et la viande. Il s’agit de d’étudier la faisabilité d’un lait de Franche-Comté pour les Comtois. « D’accord, mais pas seulement du lait cru », réclame Didier Thévenet. Une telle laiterie devrait donc pouvoir faire du beurre avec la crème...

Le foncier

Le quatrième groupe de travail est attendu au tournant de la question foncière. C’est celui de la diversification et de l’agriculture périurbaine. Serge Grass, qui préside l’association Agrobio-conso, propose ses bases de données au syndicat des maraîchers. Histoire de montrer qu’il regrette devoir se fournir souvent au-delà de la région.

Guy Bailly (Confédération paysanne) ne « comprend pas qu’il n’y ait pas de réserve foncière avec la Safer pour affecter des terres au maraîchage ». Joseph Parrenin propose d’étudier la question avec les conseils généraux, compétents en matière foncière. Un militant de l’association Terre de liens suggère de regarder ailleurs où Safer et collectivités territoriales ont constitué des réserves foncières pour l’agriculture. Il veut qu’on encourage « les nouveaux profils qui sortent des lycées agricoles... »

Deux autres groupes seront consacrés au mode de commercialisation des circuits courts, et à la formation.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 11.03.2009

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