La fermeture de la sucrerie d’Aiserey (Côte-d’Or) s’accompagne d’aides publiques à la restructuration du bassin betteravier. Le Jura devrait développer légumes et myscanthus.
Les météorologues parlent d’effet papillon : un battement d’aile en Californie provoque un tsunami au Japon... Là, c’est l’effet OMC. La condamnation de la politique sucrière de l’Europe par le tribunal économique mondial a conduit l’Union à réformer son organisation commune de marché du sucre. Bien qu’encore exportatrice, l’Europe a diminué sa production à base de betteraves pour laisser un peu de place aux producteurs de canne à sucre.
Conséquence, la sucrerie d’Aiserey, en Côte-d’Or, a cessé son activité il y a deux ans. Et 350 producteurs de betteraves de Saône-et-Loire, Côte-d’Or et Jura ont reconverti leurs surfaces. Pour certains, la betterave représentait jusqu’à 40% du chiffre d’affaires. Dans le Jura, 92 paysans avaient planté jusqu’à 1.112 ha de betteraves, dans le val d’Amour où coule la Loue en aval d’Arc-et-Senans, et la plaine du Doubs, en aval de Dole.
Pour accompagner la mutation, le fonds européen agricole de garantie a attribué 64 millions d’euros au programme de restructuration national (PNR sucre) dont 16,5 millions pour la Bourgogne et la Franche-Comté. Cette somme doit aider à la constitution d’une filière de blé bio qui serait transformé en farine sur le site d’Aiserey, au développement de la culture de légumes et de myscanthus, une graminée également appelée herbe à éléphant, cultivée pour ses usages énergétiques, notamment la constitution de pellets combustibles.
379.000 euros de cette manne européenne devraient aider à la modernisation des réseaux d’irrigation des basses vallées de la Loue et du Doubs. « Il s’agit d’accroître la rentabilité de la production légumière, de rendre le travail moins pénible, de garantir la régularité des approvisionnements industriels », explique Élodie de Saint- Jean, qui suit le dossier à la chambre d’agriculture du Jura.
Le projet consiste à « passer d’un système de puits individuels à des puits collectifs et à des réseaux de tuyaux amenés sur chaque parcelle : l’agriculteur n’aura qu’à se brancher sur une bouche d’eau », explique François Gaudron, directeur de la FDSEA du Jura. Pour le mener à bien, il a fallu constituer des « associations syndicales autorisées » (ASA) regroupant les agriculteurs exploitant 5.500 ha. Les travaux devraient débuter au printemps pour 1.300 ha sur la vallée de la Loue, 900 sur celle du Doubs.
L’autorisation de l’État étant nécessaire pour prélever de l’eau, des enquêtes publiques ont été conduites, car les prélèvements dans les nappes sont importants. Selon l’étude d’impact, on passerait de 267.000 m3 d’eau prélevée en 2006 dans la nappe alluviale de la Loue pour irriguer 357 ha, à 625.000 m3 pour irriguer à l’avenir 625 ha. On a prévu le cas d’une « année sèche » où le prélèvement pourrait atteindre 940.000 m3.
Soulignant « le risque pris d’augmenter de 252 % le pompage en période de sécheresse », les conseillers régionaux Verts souhaitent un « plan de gestion de l’eau indiquant des objectifs d’économie ».
La commission d’enquête recommande une cartographie des puits à reboucher et de nouvelles études sur les relations entre les nappes et les rivières. La décision du préfet du Jura est attendue d’ici quelques semaines.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.12.2009

Président de l’association syndicale autorisée d’irrigation du val d’Amour, Emmanuel Schouwey exploite 300 ha en Gaec avec ses frères Xavier et Laurent, à Vaudrey. Jusqu’à la réforme sucre, la ferme avait 35 ha de betterave. Son abandon a conduit à augmenter les surfaces de chanvre, utilisé notamment en laine de chanvre, un isolant qu’on retrouve aussi dans des parpaings ou des réservoirs de lave-glaces de voitures ! Une autre diversification est le myscanthus, transformé en granulés de combustion. Cette plante de 4 m qui ressemble au roseau « fixe aussi le carbone... ».
Ils cultivent également des céréales (blé, maïs, orge), du soja non OGM, du colza, et, sur 25 ha, des légumes (haricots, pois, flageolets..). Le Gaec a un élevage de 1.500 porcs « nourris au lactosérum et avec nos céréales, pour le label IGP saucisse de Morteau. Le lisier est épandu sur nos parcelles ». La reconversion de la sucrerie d’Aiserey en moulin à farine bio, fait envisager au Gaec de « cultiver à terme du blé bio ». Un autre objectif est la production de protéines tracées non OGM, notamment de la luzerne pour la filière comté.
Pour l’heure, il compte sur les légumes, mis en conserve par D’Aucy (71) dont il faut « sécuriser les approvisionnements ». Or, dit Emmanuel Schouwey, « sans irrigation, pas de légumes. Notre système actuel est plutôt du bricolage : on déplace notre pompe de puits en puits, on en a une dizaine ; on a des tuyaux de 20 cm de diamètre qu’on déploie sur 300 à 400 m... On veut le remplacer par un réseau d’eau avec station de pompage électrique, un compteur général et un par exploitation. C’est un projet pour plusieurs générations, on est en réflexion pour des enrouleurs d’aspersion et du goutte à goutte... ».