daniel bordur - journaliste

Le risque du désert

Malgré l’envolée des prix du lait fin 2007-début 2008, de nombreux producteurs de lait partent à la retraite sans successeur.


Les « prix rémunérateurs » réclamés depuis plusieurs années par les paysans aux industriels et aux coopératives, ont fini par arriver. Pas trop tôt : « Il y a 18 mois, la moitié des producteurs de lait français ne touchaient pas le smic », dit Martial Marguet (FNPL). Et s’il voit « un léger mieux depuis », il note aussi l’augmentation des factures de céréales...

Mais à peine ce prix a-t-il augmenté, que l’annonce de l’augmentation des quotas fait craindre un reflux, des tarifs jouant au yo-yo, une instabilité préjudiciable aux producteurs les plus fragiles. En France, le nombre de producteurs, aujourd’hui 90.000, a été divisé par dix en 25 ans. Cela se voit dans les manifs et les paysages, dans un ratio actifs-retraités des organismes sociaux agricoles très défavorable et qui pourrait encore se dégrader.

Déjà, des éleveurs ont arrêté, notamment dans les laits dits standards, moins rémunérateurs et davantage soumis aux fluctuations de prix que les laits transformés en fromages AOC. « Beaucoup ont arrêté en Haute-Saône, en Lorraine », souligne Daniel Prieur, président de la chambre d’agriculture du Doubs et de la commission montagne de la FNSEA. « En Vendée, il n’y a plus que 63 producteurs de lait dont beaucoup sont proches de la retraite et un seul ramasseur de lait. Il a annoncé qu’il ne ramassera plus le lait de leurs éventuels successeurs », dit Denis Narbey (Confédération paysanne). Dans le Doubs, 18 producteurs, dont 16 de plaine, sont en passe d’arrêter le lait pour faire des céréales. Outre les prix instables, les conditions de travail sont contraignantes. « Certains ne font plus qu’une traite par jour », dit Daniel Prieur.

« Le bilan de la PAC doit aussi être social », scande la Confédération paysanne. Martial Marguet « espère qu’il restera 70 à 75.000 producteurs de lait d’ici 2015 ». Que certains arrêtent n’inquiète pas trop Sylvain Marmier, délégué de la FNSEA à Euromontana : « Mieux vaut un même revenu avec moins de lait. Mais ce qui fait peur, c’est une baisse des prix qui obligerait les producteurs à produire plus, beaucoup n’ont pas les outils, les champs, pour le faire. Et cela peut freiner les installations, accélérer des départs ».

Le risque, c’est aussi le désert...

Daniel BORDUR ER - 21.03.2008

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