daniel bordur - journaliste

Le polytechnicien devenu vigneron

Installé en 2005 dans le sud Revermont, Henri Le Roy a vendu ses premières bouteilles de côtes du Jura un samedi de février 2007 à Besançon.


De la fenêtre de sa cuisine, Henri Le Roy montre une parcelle labourée dans une rude pente orientée plein sud. A Vincelles, village du canton de Beaufort, dans le sud Revermont, on l’appelle les Clous. « Les grands parents des anciens l’ont connue en vigne. Elle a été arrachée avec le phylloxéra... »

On ne l’a pas proposée tout de suite à Henri. Il lui a fallu montrer patte blanche. A 45 ans, ce polytechnicien doublé d’un docteur en biologie, s’est installé viticulteur au printemps 2005. « J’étais le Parisien venu prendre les vignes d’Emile Bourguignon », un vigneron à la retraite qui a commencé à lui louer quelques arpents. « Ici, les paysans sont attachés à l’entretien de la terre. Ils ont vu que j’étais à la vigne à 6 h du matin. Le jour où j’ai oublié trois comportes (1), tout le village en a parlé... Ils ont vu que je n’étais pas un farfelu, il y a eu des ouvertures, c’est comme ça que j’ai eu les Clous. C’est un signe, une reconnaissance ».

Conseils et coups de main

Avec leur marne bleue, les 130 ares des Clous sont une belle affaire. L’an prochain, ils seront plantés en poulsard et savagnin muscaté. Ils réclameront le même travail qu’une autre vigne, mais ne donneront pas avant 2011. En attendant, comme il faut vivre d’autre chose que de la vente du pavillon de Seine-et-Marne, Henri a vendu du raisin à la compagnie de Crançot.

Une autre partie des récoltes 2005 et 2006 est en cours de vinification : 160 hl sont en cuves. Plantées depuis 30 à 100 ans, les vignes de La Levrette, d’En Griffrez ou de Derrière la Roche, pour certaines dans le village voisin de Grusse, ont été entretenues et vendangées grâce à l’aide de sa voisine, Ginette, et d’élèves du lycée agricole de Montmorot. Dont le Bisontin Pierre Frey qui continue à travailler avec lui. Des viticulteurs du cru lui ont donné conseils et coups de main.

Première vente à Palente

Il s’est inspiré de Jean-François Ganevat, de Rotalier, pour un savagnin 2006 ouillé qui travaille tranquillement dans un fût. Il mettra en bouteilles en juin un joli chardonnay 2006 aux saveurs de miel et fleurs blanches. Il attendra au plus tôt 2011 pour faire de même avec un déjà savoureux savagnin 2005 « en cours de jaunissement ».

Ce samedi est un jour important : Henri Le Roy vend sa première récolte au marché de Palente à Besançon, un poulsard 2005 avec une mini-dose de trousseau. Un bon vin à 8 € (7 € par douze) qu’on peut laisser vieillir.

Kayakiste de haut niveau, abonné de la Transju, violoniste, Henri est presqu’en lévitation. La préparation de sa thèse sur la cancérogenèse chez les souris était « intéressante car j’étais avec des scientifiques très forts, mais je souffrais beaucoup. Je voulais de l’air, créer quelque chose, rendre les gens heureux, être mon chef... » Histoire de rendre ce que lui a apporté sa première visite en Franche-Comté en 1979 : « Une copine m’a invité à skier à Chapelle-des-Bois, j’ai eu le coup de foudre, je me suis dit : c’est ma région ».

(1) Comporte : « cuve de bois servant au transport de la vendange » pour le Petit Larousse.

10.02.2007

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