daniel bordur - journaliste

Le pari de Ruranim

L’association qui a replanté de la vigne dans la haute Loue en 1990, était au bord de la cessation de paiement il y a six mois. L’Assemblée générale confirme les choix de l’ancien président qui a repris du service.


Plus de 300.000 euros de pertes cumulées, quelque 170.000 euros de dettes, une récolte 2009 historiquement basse à 132 hectolitres... En décembre dernier, Ruranim était à l’agonie. Avec un déficit de 155.487 euros pour un chiffre d’affaires de 256.349 euros, l’année dernière aura tout simplement été catastrophique.

Symbole de la calamiteuse gestion passée, intuitive et imprécise, Alain Verdenet a jeté l’éponge en décembre. Il a cédé la présidence à son prédécesseur Gaëtan Madoz qui explique l’avoir reprise contre son gré. « Je me suis surtout préoccupé de l’équilibre financier. Fin 2009, nous étions en quasi-cessation de paiement, nous n’avions pas payé les cotisations sociales, ce qui est un délit. Des créanciers avaient saisi le procureur, j’ai dû m’expliquer devant les gendarmes entre Noël et Nouvel an... Je me réjouis d’un prêt relais qui nous a permis de payer les fournisseurs. Aujourd’hui, les créanciers sont payés, les choses rentrent dans l’ordre ».

Il n’y avait pas que les comptes à remettre à flot. Il y avait aussi à convaincre la banque de la viabilité d’un nouveau projet. S’appuyant sur des avoirs (vignes et chai notamment), il repose sur la décision stratégique de séparer l’exploitation de la vigne des activités de l’association afin « d’éviter la confusion des responsabilités ». Gaëtan Madoz annonce aussi le licenciement d’ici la fin de l’année de Sébastien, le fils d’Alain Verdenet qui l’avait embauché.

« On a tous intérêt à ce que Denis Pin réussisse »

Le plan repose surtout sur le retour du vigneron Denis Pin, après appel à candidatures. Un bail rural à ferme a été signé en janvier. Cette décision, prise à l’automne, a entraîné le départ d’Alain Verdenet qui y était opposé, notamment en raison d’un fort contentieux. « Il est davantage capable que nous de faire 400 hectolitres, pas de les vendre », a-t-il résumé devant l’AG en assurant qu’il sera « toujours la vigie de Ruranim ».

Denis Pin a répliqué : « Je voudrais rassurer de ma capacité à gérer une exploitation de 6,5 hectares, mon projet est prévu, je serai vigneron à temps plein, je connais le métier ».

Les conditions du bail sont plutôt drastiques. « On a tous intérêt à ce que Denis réussisse », souligne Gaëtan Madoz qui obtient un vote quasi unanime : seulement 9 abstentions sur 220 votants.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.06.2010


26 années parfois animées

1984 : création à Vuillafans de l’association Ruranim par souscriptions. Son but : le développement rural dans la haute vallée de la Loue. Un objectif est de replanter de la vigne.

1990 à 1992 : plantation de 6,5 hectares de vigne (trousseau, chardonnay, auxerrois) à Croux et Plain-Madame.

1993 : première récolte.

1999 : récolte record de 499 hectolitres.

2000 : le fondateur Gaëtan Madoz cède la présidence à Alain Verdenet, maire de Vuillafans de 1983 à 1995.

2002 : deux médailles au concours régional des vins de pays.

2006 : départ du vigneron Denis Pin.

2007 : les comptes ne sont pas présentés à l’AG. Alain Verdenet obtient le quitus par 56 voix, 26 contre et 25 abstentions.

2008 : Alain Verdenet obtient le quitus par 120 voix contre 80.

Décembre 2009 : Denis Pin revient, Alain Verdenet s’en va.


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