daniel bordur - journaliste

Le grand rendez-vous national de la montbéliarde

Présentant 250 très belles bêtes, le concours Montbéliard-Prestige marie génétique, spectacle et économie.


C’est un concours où il est bon de montrer ses bêtes. Où l’admiration qu’elles suscitent rend fiers ceux qui les ont bichonnées, lavées, préparées. Elles doivent défiler dans la lumière, devant un public de connaisseurs et de profanes incrédules, sous le regard d’experts dont le verdict est expliqué au micro. Elles semblent si parfaites, ces belles montbéliardes dans leur robe blanche et rouge. « La qualité a vraiment progressé », souligne Elie Lafly, éleveur à Bouverans, ancien président de la fédération des comices du Doubs.

Il n’a raté que deux éditions du concours de la foire depuis qu’il y est venu pour la première fois en 1965 : « Depuis qu’il s’appelle Montbéliard Prestige, davantage de gens y participent, viennent de plus loin, de Bourgogne, du Massif Central... Il y a 30 ans, on était 25, aujourd’hui on est 130. Les mamelles sont meilleures mais moins volumineuses ». Pourquoi ? « Parce que la sélection a été axée sur la mamelle. Les vaches ont aussi augmenté en taille. Elles font aujourd’hui 150 à 153 cm au sacrum, elles faisaient 143 à 147 il y a 25 ans. On a sélectionné des vaches un peu plus grosses, avec une capacité d’ingestion supplémentaire ».

Rigoureuse sélection

Du coup, les vaches du concours sont nombreuses à se rapprocher du standard de la race. Le standard ? Un ensemble de mensurations et d’appréciations : longueur, largeur et inclinaison du bassin ; attaches avant et arrière de la mamelle, mais aussi équilibre, hauteur et développement ; écart, forme, orientation des trayons ; aplomb du jarret...

On note aussi la vitesse de traite de la bête, on apprécie son tempérament calme ou nerveux, son aptitude bouchère, les caractéristiques de son lait... L’orientation génétique prend plusieurs années. C’est une affaire sacrément rigoureuse, faite d’observations, de suivi et de collecte d’innombrables données. Des 350 veaux alignés chaque année par Umotest [1] au départ, 130 verront tester leur descendance sur une centaine de jeunes vaches chacun. L’étude précise et détaillée de ces 13.000 « héritières » servira, au bout de cinq ans, à la sélection d’une quinzaine de taureaux reproducteurs mentionnés sur le catalogue d’Umotest.

Moins de folklore

« Dans ces quinze taureaux, il y a tous les profils à même de satisfaire les éleveurs », dit Michel Tissier, ingénieur agronome et directeur d’Umotest, principal fournisseur de semences de montbéliarde. « L’éleveur choisit parmi 50 critères en fonction de son système d’exploitation. En plaine, on choisira des plus laitières, en zone comté, on privilégiera le taux protéïque ou la longévité. »

En limitant la productivité par vache et par hectare d’herbe, les éleveurs à comté n’ont pas vraiment besoin d’avoir des « usines à lait » produisant 10.000 litres par an ou plus, comme on voit en Mayenne. Reste que la capacité à beaucoup donner de lait a été une orientation de la sélection : « Il y a 30 ans, des éleveurs disaient qu’ils se tourneraient vers la holstein si la montbéliarde ne produisait pas plus... »

Ces exigences économiques ont aussi fait évoluer l’ambiance des concours. « L’aspect folklorique régional a été supprimé, on est obligé d’attacher le battant des cloches, c’est dommage », sourit Elie Lafly. Mais il ajoute, « on se fait aussi un nom pour vendre... »

« La race s’adapte », note Stéphane Richard, le président isérois de l’Union nationale des syndicats d’éleveurs de montbéliardes. « Besançon est un concours de très haut niveau où les éleveurs présentent bien leurs vaches. C’est un concours convoité par tout le monde, le grand rendez-vous national de la montbéliarde ».

Daniel BORDUR

( © L’Est Républicain - 17.05.2007

[1] union de douze coopératives françaises qui mutualisent ainsi la sélection génétique de la montbéliarde.

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