Très présente en Haute-Saône et dans les basses vallées du Doubs et du Jura, la formule « céréales, lait, bovin viande » est étranglée par les prix.
C’est une ferme exemplaire. À Pouilley-Français, entre Saint-Vit et Besançon, le GAEC d’Éric et Jérôme Morel, deux frères de 41 et 36 ans, est typique de la polyculture élevage qu’on rencontre dans la zone basse du Doubs, le nord du Jura ou une grande partie de la Haute-Saône. Moderne, rationnelle, mise aux normes en 2001, productive, elle cumule aujourd’hui les pertes liées à la baisse des prix de ses trois principales productions.
Le quota laitier de 385.000 litres fourni par 56 montbéliardes peut paraître important. Vendu 379 euros les 1.000 litres en 2008, il est descendu à une moyenne de 314 euros depuis le début de l’année, 250 depuis avril... Le blé, planté sur une soixantaine d’hectares, était monté à 150 euros la tonne l’an dernier, il a chuté à 105 euros. Les 80 taurillons, élevés jusqu’à 20 ou 22 mois, sont vendus 300 euros de moins que l’an dernier... Au final, la perte de recettes est estimée à 70.000 euros, « 20 à 21 mois de revenu personnel pour nous deux », dit Eric. Soit 20 % du chiffre d’affaires. Pour l’instant, les fournisseurs acceptent que leurs factures patientent...
« L’heure est grave », dit Frédéric Perrot, le président de la FRSEA de Franche-Comté qui entend faire un exemple de cette ferme qui s’est inscrite dans les orientations des politiques agricoles de ces deux dernières décennies.
On en voit aujourd’hui les limites, on est au bord de « drames humains », s’énerve Jean-Claude Jeannin, le président de la FDSEA du Doubs en songeant à la grève du lait qu’il désapprouve car des gens vont au « casse-pipe ». « Cette ferme appartient aux 5 % ayant le meilleur lait », dit Jean-Marie Vivot, le directeur du syndicat. Sous entendu : c’est pire chez tous les autres.
La FRSEA a invité des élus. Des députés UMP sont là ou représentés, il y a les vice-présidents PS en charge de l’agriculture au conseil régional et au conseil général du Doubs. Dans l’assistance, des militants paysans appuient la démonstration. Il y a Michel Foltête, élu FDSEA à la chambre d’agriculture du Doubs et président de l’UAC, filiale du groupe coopératif L’Ermitage qui paie le lait des Morel moins cher que l’accord professionnel de juin. Mais mieux que ce qu’aurait fait la Coop de Blamont avec le lait belfortain. Il dit : « On est sur le même marché que nos concurrents... On a payé un prix d’acompte ».
Comment L’Ermitage envisage la contractualisation entre producteurs et transformateurs, nouvelle piste de la FNSEA pour réguler ? « C’est encore flou », dit Michel Foltête qui renvoie aux « choix politiques européens » et à la réalité du marché : « Les importations d’emmental allemand viennent d’augmenter de 60 % ». Il ajoute : « C’est aux politiques de rectifier le tir ».
Les politiques présents jurent qu’ils sont au côté des paysans. « Il y a urgence », admet Jean-Marie Sermier (UMP), « mais pour réguler, il faut une préférence communautaire, l’OMC est allée trop loin... ». Joseph Parrenin (PS), qui a « défendu les quotas en 1984 », jure qu’il n’a « jamais vu une crise comme celle-là », demande à la profession agricole un texte que, dans une belle unanimité, les élus de tous bords pourraient « relayer ». Un député propose une question au gouvernement. Est-ce vraiment à la hauteur de l’enjeu ?
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 19.09.2009