La moisson touche à sa fin ce 10 août 2010 sur le premier plateau du Doubs où l’on commente évidemment la spéculation consécutive à la sécheresse russe, aggravée par la faiblesse des stocks mondiaux.
En polyculture-élevage à Saône, à 10 km de Besançon, Christian Morel complète sa production de lait à comté par 55 hectares de cultures. Hormis le seigle et le triticale, consommés par les animaux de la ferme, ses récoltes de blé et d’orge, de maïs et de colza sont vendus à la coopérative Terre Comtoise (ex Coopadou) et échangés contre des aliments pour bétail : « Les produits sont plus stables, on a moins de stocks ». La plupart de ses collègues du premier plateau travaillent ainsi. Plus haut, les céréales, longtemps cultivées, se sont raréfiées dans les années 60-70 avant de revenir en grâce. Dans la vallée, elles prennent davantage de place.
Après les foins il y a deux mois, Christian Morel a récolté l’orge planté à l’automne puis le colza. Cette semaine, il finit de moissonner son blé : « Une entreprise vient de Côté d’Or ou de Haute-Saône avec sa moissonneuse-batteuse et remonte...C’est du sport pour en trouver une, il y en a de moins en moins. Ensuite, on livre soit à la ferme, soit à la coop. La récolte, c’est environ un mois de travail et 20% du revenu... Ce qui fait qu’on prend ou non des vacances... »

Au-delà de la boutade, les cultures ont de multiples intérêts. Le triticale, plante issue du seigle et du blé au XIXe siècle, est typique des éleveurs « car elle donne beaucoup de paille, les nouveaux blés en faisant moins ». Chaque vache en a besoin d’environ une tonne par an... Il y a aussi l’agronomie, la science des paysans : « Je cultive en rotation d’un an à partir d’une prairie temporaire. On met d’abord du blé ou du maïs en tête de rotation, puis le colza et l’orge... Je mets ensuite des plantes intermédiaires, avoine, phacélie, vesse, sarrasin, trèfle violet, pour absorber l’azote et protéger le sol de la sécheresse et de l’érosion. Depuis qu’on diminue les produits phytosanitaires, on copie les bio... »
Cette année, le printemps a été sec avec mai froid et juin humide, avant les chaleurs de la m-juillet et les pluies de début août. Résultat : un rendement en blé de l’ordre de 50 à 55 quintaux par hectare, soit une dizaine de moins que l’an dernier. Le colza a lui aussi baissé, de 40 à 33 q/ha... Évidemment, Christian Morel suit les cours qui ont doublé depuis deux mois avant de légèrement fléchir. « Depuis 4 ou 5 ans, avec la suppression des outils européens de régulation, on est sur le cours mondial. Il y a un risque que la hausse soit mangée par la hausse des intrants, ça posera problème à ceux qui ont des soucis de trésorerie... »
Daniel BORDUR / 10 08 2010 L’Est Républicain
« Quand la Russie ferme son marché et annonce 30% de récolte en moins, ça bouscule le marché mondial. Celui qui a acheté 160 euros la tonne il y a un mois, revend... », analyse le minotier doubien Pierre Dornier. On comprend le spéculateur : le blé a dépassé 220 euros avant de revenir à 210 euros car « les vendeurs ont pris leur bénéfice, on retrouve une spéculation comme fin 2007 ». Pierre Dornier se pose plusieurs questions : « les meuniers vont-ils acheter à ce prix ? le marché physique correspond-il à ce marché virtuel ? Certains vont-ils acheter à 200 euros pour éviter de le faire à 300 dans quelque temps ? » Peut-on réguler ? « Il faudrait reconstruire des silos pour avoir 6 mois de stockage mondial, on est à 35-40 jours... On risque de revoir des émeutes de la faim... »