La ville de Besançon et la chambre d’agriculture du Doubs ont entamé discussions et études pour que l’agriculture biologique protège les sources d’Arcier qui alimente la cité en eau potable, et fournisse les cantines scolaires. (mai 2009)
L’agriculture biologique est au programme pour protéger durablement la source d’Arcier qui alimente Besançon en eau potable. L’ampleur du projet se mesure à l’aune des 102 km2 du bassin-versant de la source qui comprend notamment les quelque 850 hectares du marais de Saône. Mais aussi à la quarantaine d’exploitations agricoles potentiellement concernées. Elles occupent environ la moitié du bassin versant, l’autre étant constituée de forêts.
Pour la plupart en polyculture élevage, ces fermes livrent leur lait aux coopératives à comté de Fontain et Nancray, ou aux transformateurs voisins, L’Ermitage ou Perrin, à la production fromagère plus diversifiée. Elles font aussi des céréales, autoconsommées et/ou écoulées sur un marché qui a bien du mal à fournir la demande de produits bio, que ce soit pour nourrir les hommes ou le bétail.
On le voit, il ne suffira pas de claquer des doigts pour passer au bio. Il ne s’agit pas seulement de reconvertir des exploitations, mais aussi des fromageries et des filières laitières, voire céréalières. Les filières, c’est justement ce qui permet de construire solide. « Avant de lancer les gens dans les reconversions, il faut assurer des débouchés sur la durée avec des quantités et des prix », explique l’agriculteur de Saône Christian Morel, élu à la chambre d’agriculture du Doubs qui effectue une étude d’impact d’un éventuel passage au bio.
Assurer des débouchés, c’est ce que la ville étudie en utilisant le puissant levier des 5.000 repas quotidiens servis dans les cantines scolaires. Pour en arriver là, il a fallu entamer un processus il y a plusieurs années. En achetant les périmètres immédiats des captages, en passant des conventions avec les agriculteurs exploitants les terres des périmètres rapprochés. « Depuis 7 ou 8 ans, on a réduit les nitrates et les phytosanitaires », explique l’adjoint Christophe Lime. RFF, DDE et jardiniers communaux ont également renoncé aux produits phytosanitaires, adopté le désherbage thermique, n’en déplaise à Monsanto et son controversé Roundup.
« Si on avait continué sur ce qui se faisait les années précédentes, on aurait eu une dégradation de l’eau brute », dit Christophe Lime qui veut « maintenant aller plus loin », imagine que « demain, le système s’étendra aux collèges, aux lycées, à l’hôpital... » Des relations ont été engagées avec des minoteries, l’école laitière de Mamirolle (ENIL), l’Agence de l’eau.
On songe à des silos de stockage des céréales bio locales. « On est sur un dispositif global », résume Christophe Lime. « Mais on ne se précipite pas, on enregistre les demandes des agriculteurs, on fait des études, on regardera ensemble les contraintes, notamment financières. On activera les aides de l’État... On veut pouvoir accompagner ceux qui avancent dès fin 2009 ou début 2010, puis s’appuyer sur des réussites ».
À Fontain, Emmanuel Toitot, qui a 30 ha de céréales et un quota annuel de 100.000 litres de lait à comté, est en reconversion bio depuis un mois. « C’est plus intéressant de mettre moins d’engrais, la faune souterraine revient. Et en céréales, compte tenu de la demande, les prix sont presque triplés ! Quant au lait, je livre chez Monnin, à Chantrans, qui a un projet bio... »
La ville étudie aussi la rédaction des appel d’offres pour sécuriser les circuits courts. Non par favoritisme chauvin, mais pour éviter les transports inutiles. Un souci que Christian Morel ne néglige pas quand il songe aux circuits de ramassage du lait. Ou rappelle que la diversification est une piste sérieuse pour le plateau : « On manque de légumes... »
Complexe, on vous dit.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.05.2009