daniel bordur - journaliste

Lait : peut-on produire plus ?

Selon les premiers éléments d’une étude présentée en avril 2008 à la chambre d’agriculture régionale de Franche-Comté, les systèmes extensifs de montagne sont mieux armés que les fermes de plaine.


Alors que la production française de lait a augmenté de 7 % ces quatre derniers mois, que la production comtoise a crû de 4 % en un an (de 14 à 17 % dans le Grand Ouest), quel serait l’impact de la suppression des quotas, décidée par l’Europe pour 2015, sur l’économie laitière régionale ? C’est la question à laquelle a commencé à répondre le réseau d’études pour la prospective et le conseil. Les conclusions de la première étape, centrée sur les exploitations, ont été présentées par Mathieu Cassez, ingénieur agronome, lundi lors de la session de la chambre régionale d’agriculture.

Il a étudié la modification de paramètres de différents modèles d’élevages, de plaine et de montagne, produisant du lait standard ou du lait AOC. Tous peuvent augmenter leurs capacités de production, mais cela ne se ferait pas sans risques économiques ou environnementaux (plus grande consommation d’eau, pression accrue sur la biodiversité).

Sécurité fourragère

Les systèmes extensifs de montagne seraient en fait les seuls à pouvoir augmenter leur production sans crainte de retour de bâton. Ils seraient un peu moins extensifs, auraient davantage de vaches, sans toutefois dépasser le seuil d’une bête à l’hectare. Une ferme de 95 ha passant de 273 000 à 319 000 litres (+ 17 %) en passant de 42 à 49 vaches laitières fournirait 11 % de travail supplémentaire pour 11 % de revenu en plus. Sa sécurité fourragère serait assurée 8 années sur 10. Le même élevage, passant à 62 vaches et 403 000 litres (+ 48 %), aurait une « sécurité fourragère critique » et serait « très sensible aux aléas : climat et campagnols ». Un tel scénario est viable « si la conjoncture reste favorable et les investissements modérés ». En fait, résume Mathieu Cassez, « agrandir un bâtiment, ça irait, mais pas en construire un neuf ».

Les systèmes intensifs de montagne, « déjà au taquet », ont été exclus de la modélisation : « ce n’est pas intéressant à cause du prix des aliments », explique l’agronome. Quant aux éleveurs de plaine, ils sont face à un dilemme : « ils ont à se poser la question de la compétition entre céréales et lait sur leur exploitation. Passer du système foin-regain au maïs n’est pas intéressant à cause de l’augmentation des charges de structures », dit Mathieu Cassez. Pour passer par exemple de 320 000 litres produits par 48 vaches à 366 000 litres produits par 55 vaches, une ferme de 120 ha (dont 38 d’herbe et 14 de maïs), devrait en consacrer 4 de plus au maïs. Mais sa sécurité fourragère serait « dépendante des intrants ».

L impact sur les coop

La même ferme passant à 450 000 litres (+ 41 %) avec 31 ha de maïs et 66 vaches verrait la charge de travail croître de 6 % mais son revenu baisserait de 3 %. Sans compter une « mauvaise capacité à résister à une baisse de prix ». Il en irait presque de même pour une ferme passant du tout herbe à une part de maïs-ensilage.

Le désert laitier menace-t-il la région ? Pas la zone AOC, répond Mathieu Cassez. En revanche, en plaine, « les outils de travail les plus développés pourront faire plus de lait. Mais si survient une baisse des prix du lait, ceux qui n’ont rien investi seront fragilisés ». Ce serait une nouvelle restructuration, portant en germe des risques pour la collecte de lait. La seconde phase de l’étude doit déterminer les éventuels volumes supplémentaires par exploitation. Il sera alors temps de passer à la troisième phase, l’impact sur les coopératives. Objectif : avoir un résultat pour l’automne.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 23.04.2008

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