Les systèmes herbagers sont-ils une alternative aux systèmes maïs, plus intensifs mais plus fragiles ? Entretien avec l’agronome Mathieu Cassez, d’Attac-Haut-Doubs.

« Les paysans ne sont pas le problème, mais une partie de la solution. » On entend souvent cette affirmation parmi les responsables agricoles. C’est aussi le credo d’ATTAC, l’association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens. Pas étonnant, il y a des agronomes parmi les responsables d’ATTAC. C’est la profession d’Aurélie Trouvé, la coprésidente nationale. C’est celle de Matthieu Cassez, coprésident d’ATTAC Haut-Doubs. C’est à ce titre que la très officielle filière régionale de l’agriculture biologique, Interbio, l’a invité à participer à un débat suivant le film Herbe, le 28 janvier 2009 à Besançon. Ce « road movie paysan » suit deux élevages bretons ayant choisi, l’un, le tout maïs, l’autre, un système herbager.
- Qui s’en sort le mieux ?
- La ferme herbagère est très autonome, l’intensive-maïs demande beaucoup d’engrais, d’énergie pour les transports, de phytosanitaires qui la rendent dépendante des fournisseurs et, surtout, des variations de conjoncture extérieure.
- Quel est l’intérêt de ce film dans une Franche-Comté à l’agriculture plus extensive ?
- Nous ne sommes pas que dans l’élevage herbager. La ligne de fracture est entre les plateaux et la plaine. La Franche-Comté est plus herbagère que l’Ouest, mais ses systèmes de production de lait standard ont le même modèle que les Bretons, avec les mêmes problèmes, la même fragilité. La question à poser, c’est : quel développement alternatif pour la plaine ? Certains ne peuvent même pas l’envisager à cause du morcellement du parcellaire des pâtures.
- Comment voyez-vous la crise du lait ?
- Bruno Le Maire dit vouloir réguler sans quotas mais avec une contractualisation que personne ne peut définir. La contractualisation a été mise en place en Suisse : La Migro et Coop (les deux grands distributeurs) discutent les prix avec les producteurs ; en trois mois, les prix se sont effondrés et, pourtant, ils discutaient avec des groupements de producteurs. Il y a toujours des agriculteurs assez restructurés pour être moins-disants.
- L’Europe annonce une réunion pour parler régulation ces jours-ci...
- Je n’y crois pas. Ce sont des effets d’annonce. Bruno Le Maire a récemment dit sur France-Inter que la transformation et la distribution avaient fait des efforts pour se restructurer et que la production devait le faire aussi.
- L’agriculture, dans l’OMC, a quels résultats ?
- L’abaissement des barrières douanières ! La suppression en 2003 des prix d’intervention instaurés en 1992 est en lien direct avec la baisse du prix du lait payé aux producteurs, car on a laissé entrer en Europe le lait le moins-disant, en provenance des USA, de Nouvelle-Zélande, d’Australie... Aux USA, des Mexicains font la traite en trois-huit sur des fermes de 10 000 vaches ou plus, en Angleterre, ce sont des Polonais et des Ukrainiens, pour 7 à 8 euros brut. D’où le lait à 250 euros la tonne...
- Comment le système du comté peut-il résister ?
- Ce système est ultramoderne grâce au poids démocratique des paysans dans la gestion de la production. C’est pour cela que leur travail est rémunéré. Or, le comté n’est pas étranger à ce qui se passe autour de lui. Si demain Entremont est racheté par Lactalis, l’ensemble pèsera 60 % des ventes de comté... D’où le fonds d’investissement porté avec raison par la fédération régionale des coopératives laitières.
- Le G20 évoque une taxation des transactions financières...
- Il est temps que ça arrive, c’est le minimum qu’on puisse faire. Quand la productivité agricole a explosé dans les années 1950-1980, le tiers-monde a vu arriver des produits 27 fois moins chers. Cela a provoqué un exode rural vers les villes, ce phénomène a contribué aux délocalisations industrielles, à la diminution de la demande : le seul placement possible pour le capital est devenu la spéculation...
Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 29.09.2009
Sur le même sujet
Travailler moins pour gagner plus, ou la reconversion réussie vers l’élevage extensif