Comment déterminer ce qu’on fauche et ce qu’on laisse au bétail ? Entretien avec Gilles Duquet, agriculteur à Fontain, qui terminait début juin 2007 une fenaison commencée fin avril.
Gilles Duquet élève des montbéliardes à comté à Fontain. Il a commencé les foins fin avril, a continué le 23 mai, repris lundi dernier pour une dernière séquence. Son exploitation a 60 hectares d’herbe et donne, selon les années, autour de 250 tonnes de fourrage. Ancien président départemental des groupes de développement agricole, il est implanté sur le premier plateau. Il constate que chaque palier d’altitude entraîne un décalage d’environ une semaine : la fenaison a commencé plus tôt en plaine, dans les trois semaines plus tard sur les hauts plateaux.
La fenaison est toujours un événement, même si on voit moins de monde dans les prés.
C’est vrai mais les habitants suivent les foins. Ils disent « tiens, les agriculteurs ont fauché, il va faire beau... » C’est un peu comme les vendanges, à un degré moindre quand même. Cela reste une étape de la saison, toujours marquante. On a fait les deux dernières séquences avec un temps orageux. L’avantage, c’est un « temps poussant », mais c’est plus difficile pour faire sécher, il faut jongler.
Comment le foin sèche-t-il ?
C’est selon les exploitations. Il y a celui qui sèche à terre et récolte le foin une fois sec, ce qui prend de deux à cinq jours. Et celui qui sèche en grange par ventilation. Le but, c’est d’avoir un foin ayant une bonne valeur alimentaire et se conservant bien. Mal conservé, il risque l’échauffement et la fermentation, et donc l’incendie. Un accident peut arriver car les foins sont trompeurs, il peut y avoir un peu plus de trèfle, davantage d’eau... Le travail sur le vivant nécessite du savoir-faire, de l’expérience. On est toujours très prudent.
Comment s’établit un plan de fauche quand les animaux sont au pré ?
Des parcelles sont destinées à la fauche, d’autres à la pâture, en général celles qui sont plus près de l’exploitation pour éviter aux animaux d’aller trop loin. Parfois, on agrandit le pâturage en y intégrant les premières parcelles fauchées : en juin et juillet on augmente les surfaces de pâturage.
Y a-t-il une correspondance entre le nombre d’animaux et la taille d’un pâturage ?
Au printemps, une vache laitière a entre 0,3 et 0,5 hectare. C’est selon le sol ou le printemps, pas une année ne ressemble à une autre.
Faucher telle ou telle parcelle semble relever d’une décision sacrément complexe !
Cela dépend de la pousse du printemps. Si on met trop de parcelles en pâture, il y aura excès de pâturage et moins bonne qualité de l’herbe : la vache n’en voudra plus s’il y a des graines, elle est difficile. Elle préfère brouter ras car il y a plus de sucre, de sève, l’herbe est meilleure...
Comment tenir compte de l’évolution du climat ?
Cette année, on a eu un printemps précoce. Sur le premier plateau, la fenaison a donné entre un tiers et la moitié des besoins. On devrait être dans un bon compromis entre qualité et quantité. Mais c’est la vache qui nous le dira cet hiver avec la qualité de son lait et des fromages... Ce qu’on voit, avec ce type de printemps, c’est que les sols légers, avec peu de terre, donnent des foins mûrs avant d’avoir poussé : il y a peu de quantité. Sur les terres plus profondes, c’est correct.
Met-on des engrais ?
Oui, sur certaines prairies. D’abord des engrais organiques : fumier, lisier, purin qui sont épandus le mieux possible au moment où la végétation redémarre. Ou à l’automne quand la végétation est encore active. C’est analysé, pesé, les machines permettent de savoir la quantité exacte qu’on épand. Il y a aussi les engrais minéraux, chimiques : azote, acide phosphorique, potassium... J’en mets à dose très modérée, mais pas sur toutes les parcelles. On fait souvent un compromis entre les deux types d’engrais : quand on met l’un, on ne met pas l’autre. C’est une grosse différence avec les régions intensives où il y a davantage de bétail : ici, on a en gros une vache à l’hectare.
Y a-t-il des différences de pratiques entre agriculteurs ?
On va vers une diminution des engrais minéraux qui sont chers à l’achat.
Quand viennent les regains ?
Au moins cinquante jours après les foins. Selon les secteurs, il y une seconde ou une troisième coupe.
Quels sont les besoins de la vache ?
Elle a besoin de fibres pour ruminer. Et de qualité : sucres et valeur nutritive pour le lait, son veau... Le stade optimum pour le foin, dans la croissance de l’herbe, c’est quand on combine la bonne quantité de fibres et la qualité alimentaire. Mais on ne peut pas faucher toutes les parcelles à ce stade : on commence la fenaison à une bonne valeur nutritive, on la poursuit à un bon optimum selon la météo, on la termine avec une moins bonne qualité alimentaire qu’on va donner aux animaux qui font moins de lait...
Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.06.2007