L’Alsacien Jean-Michel Schaeffer élu président national des Jeunes Agriculteurs à Perpignan (14.06.2010).
C’EST UN HÉRITIER qui vient d’accéder à la présidence du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) dont le 44e congrès s’est tenu à Perpignan. Sang de militant ne sachant mentir, Jean-Michel Schaeffer, 32 ans, est en effet le digne fils d’Eugène Schaeffer qui présida la chambre d’agriculture du Bas-Rhin de 1989 à 2007 et fut vice-président de la FNSEA où il anima notamment le comité de coordination des associations spécialisées, une fonction qui exige autorité et diplomatie. La puissance de la « grande maison » FNSEA tient beaucoup à l’équilibre entre ces associations.
Jean-Michel et Eugène Schaeffer sont associés d’un groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) à Geispolsheim, près de Strasbourg. Sur 95 hectares, ils produisent des choux à choucroute et des betteraves, des céréales, des poulets label rouge et des bovins à viande. « C’est une ferme typique d’Alsace, très diversifiée », explique Jean-Michel.
Il est passé par la fameuse école des cadres de la chambre d’agriculture du Bas-Rhin qui permet aux jeunes militants talentueux de s’initier aux responsabilités... et à l’Alsace de fournir des responsables au syndicalisme français. Il est aussi ingénieur, diplômé de l’institut des hautes études de droit rural et d’économie agricole de Paris, diplômé d’études supérieures spécialisées en audit et conseil en gestion. Ce profil peu fréquent parmi ses pairs ne l’empêche pas d’être « proche des gens », dit son ami le Franc-Comtois Christophe Chambon, nouveau numéro 2 des JA. « Il n’a jamais la grosse tête. C’est un homme simple qui dit les choses franchement, sans porte de derrière. Et il nous apporte la vision de l’Europe d’un Alsacien ».
Un des axes du mandat de deux ans de Jean-Michel Schaeffer est d’ailleurs le rapprochement syndical au plan européen. Il est intarissable sur le sujet. Il sait par le menu comment, grâce à une différence des taux de TVA entre achats et ventes, les agriculteurs allemands bénéficient d’une « subvention indirecte ». Est-ce là une matière pour une éventuelle action contre ce qui semble une distorsion de concurrence ? « Ce n’est pas évident d’intervenir, car l’Union européenne n’a pas de compétence fiscale, c’est une impasse, il faut avancer au niveau français ».
De l’exemple allemand, il retient ainsi les revenus complémentaires générés par la méthanisation systématique des élevages porcins ou le photovoltaïque. « On est en retard, mais le Grenelle 2 vient d’apporter une solution en défiscalisant la méthanisation ».
Pragmatique, il a les yeux rivés sur la réforme de la politique agricole commune en 2013 : « ce sera un tournant, mais c’est maintenant qu’il faut faire passer nos messages, par exemple quelles protections mettre aux frontières européennes par rapport aux standards environnementaux et économiques. C’est important de consacrer un budget européen à l’agriculture, mais on a une grosse difficulté à avoir une politique ».
Avant son élection, Jean-Michel Schaeffer a été deux ans en charge du dossier installation, le fond de commerce des JA. Pour « accompagner des projets viables et vivables » permettant au pays de « garder diversité et potentiel de production », il compte encore peser sur le projet de taxe relative au changement de destination du foncier. Pas sûr que cela suffise à enrayer les pertes d’emplois en agriculture, mais il se satisfait des petits pas : « on est content d’avoir obtenu, dans la loi de modernisation agricole, l’harmonisation sociale pour les jeunes qui s’installent ».
Rompu à la ligne JA-FNSEA, il en parle la langue dans sa version la plus moderne : « l’agriculture a des responsabilités particulières, le côté nourricier et les beaux territoires qui font de la France le premier pays touristique au monde...Les citoyens ont des attentes, donc des interrogations sur notre production... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 14.06.2010
Est-ce le temps des agronomes ?
« C’est le débat productivisme et défense de l’environnement. Le tout marché libre, ce n’est pas ce qu’on veut, mais l’Union européenne nous y emmène depuis 15 ans. Cela n’empêche pas de tenir compte de l’agronomie. Les connaissances ne sont pas celles d’il y a 30 ans : on met moins de phytosanitaires pour produire plus avec des stations d’observation... »