Le désherbage mécanique, testé de 2005 à 2008 dans des champs de céréales du premier plateau du Doubs, permet d’amoindrir, voire d’éviter les traitements chimiques. Ou comment faire doucement le lit du bio...

Le processus semble enclenché pour de bon. Afin de protéger les sources d’Arcier qui alimentent Besançon en eau, des tests sont menés depuis trois ans dans des parcelles de céréales du premier plateau. Il s’agit de vérifier l’intuition selon laquelle le désherbage mécanique pourrait remplacer les pesticides.
Alors ? Alors oui, mais pas n’importe comment. Passer la herse étrille peu après les semis d’automne a ainsi donné de bons résultats dans un champ d’orge d’hiver. Les dizaines de tiges verticales ont gratté le sol, déterrant les plantes colonisant la céréale au point d’empêcher de pousser une bonne partie. En revanche, passer l’outil au printemps dans un champ de blé ne sert pas à grand-chose et les adventices repoussent : « C’est plus intéressant d’intervenir à l’automne qu’au printemps », dit Christian Morel, paysan à Saône, élu à la chambre d’agriculture du Doubs.
« Le désherbage mécanique précoce évite de mettre systématiquement du chlortoluron et de l’isoproturon, des molécules qui vont être retirées du marché », dit Rokaya Toubale, chargée de mission à la chambre. Des analyses ont montré en 2002 que ces deux urées substituées se retrouvaient dans les eaux superficielles aux alentours de la source d’Arcier. Il est utile de préciser que c’était avant traitement pour rendre l’eau potable...
« L’objectif est de réduire les pesticides sur le bassin-versant », ajoute Jean de Ses Maisons, du service régional de protection des végétaux. Il est en effet illusoire de penser qu’on va les bannir du jour au lendemain. « Il y a une mainmise de l’ensemble des systèmes de culture par les marchands de produits phytosanitaires », commente Joseph Martin, agriculteur à Tarcenay. Et puis, ajoute-t-il, « on est encore dans la formation de la première PAC, quand il fallait produire toujours plus. Des agrobiologistes produisent 40 quintaux avec 35 de marge... »
Car l’affaire est aussi économique. À quoi cela sert-il d’« investir 20 quintaux dans des intrants si on n’a que 10 quintaux de plus : on en perd 10 », souligne Emeric Courbet, du pôle végétaux de la Frédon, la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles. L’affaire est aussi agronomique : « On a un gros travail pour réapprendre la rotation des cultures. Au bout de quatre ou cinq ans de monoculture, le sol se salit. Et il faut mettre de l’herbe dans la rotation », défend Christian Morel. La limite, c’est que tous les terrains ne se valent pas. Et l’opération est plus facile à faire en polyculture-élevage où l’on est « moins regardant sur le rendement » qu’en monoculture où l’on « cherche la marge ». Reste maintenant à convaincre les paysans. Vu la vitesse à laquelle les dirigeants agricoles, du moins localement, ont pris le virage environnementaliste, cela pourrait ne pas trop traîner. Espérons-le.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain 03.06.2008