Le prix du lait de 2009 fait tousser quelques producteurs lors de l’assemblée générale...
La base de de l’Union agricole comtoise n’a pu faire autrement qu’approuver la gestion de la coopérative par ses dirigeants, mardi 27 avril 2010 lors d’une assemblée générale suivie par une grosse moitié des 199 exploitations sociétaires. Mais la calamiteuse année 2009 et ses prix de lait standard en baisse de 21 % ont provoqué quelques coups de gueule. La moyenne de 282,5 euros ne peut masquer un insupportable prix minimal de 207,6 euros, il est vrai pour un lait de faible qualité, mais très loin de l’accord interprofessionnel à 270 euros. Avec 395,6 euros la tonne, les producteurs de lait à comté ont touché à peine moins que la moyenne de la filière.
« Faut-il continuer dans l’emmental ? », interroge un éleveur. Comme tous, il a constaté les importations en hausse d’emmental allemand ou neerlandais. « On trait le matin, le soir et même le dimanche ! », s’exclame une agricultrice. « On nous dit de baisser nos prix et produire plus ! Il vaut mieux rester couché ! », lance un producteur de lait à emmental grand cru, fromage dont l’exigence qualitative est proche du comté.
Jean-Charles Le Squéren, le directeur général de l’Ermitage, la coopérative vosgienne maison mère, a réponse à tout : « L’emmental rapé hollandais vendu par Casino n’a pas le droit à l’appellation en France, la direction de la concurrence ne bouge pas. Mais si je fais de l’emmental comme eux, je ferme l’atelier de Clerval et j’ai la concurrence sur le dos ! » Pour non respect du cahier des charges. Il explique aussi qu’on ne peut comparer le marché des AOC et celui, « ouverts à tous les vents » des autres produits laitiers. Président de l’UAC, Michel Foltête assure que l’emmental, « produit de garde », permet d’« écrêter les pics de production ». Autrement dit, amortir la « saisonnalité de la consommation ».
Daniel Gremillet, président de l’Ermitage, évoque l’affaiblissement du syndicalisme, lui qui présida 15 ans la FDSEA des Vosges : « A l’époque, l’emmental allemand ne serait pas resté 48 heures en rayon... » Il défend son idée de région laitière grand Est pour « peser au niveau européen ». Il assure que la reprise par l’UAC de la centrale laitière de Belfort et ses 147 producteurs s’inscrit dans cette perspective tout en étant un acte de « solidarité ». Il ne peut s’empêcher une provocation : « Ce ne sont pas les AOC qui vont sauver les producteurs francs-comtois ».
Aujourd’hui, elles paient correctement le lait de trois paysans comtois sur quatre.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.04.2010