La finale départementale du concours des jeunes pointeurs se tenait en 2003 à Amancey. Comme chaque année, les meilleurs devaient aller en finale nationale au salon de l’Agriculture, en février 2004, à Paris
L’expression peut faire sourire, mais elle désigne une réalité prise très au sérieux par les professionnels de l’élevage. La finale départementale du concours de jeunes pointeurs se tient ce matin dans la ferme d’Albert et Danièle Bole à Amancey. Mettant en jeu tout leur savoir sur les vaches montbéliardes, deux cents jeunes gens rivaliseront d’esprit d’analyse et d’observation pour juger une sélection de reines à comté.
« Aujourd’hui, il faut savoir sélectionner un troupeau, garder les bonnes bêtes, les productives », explique Jean-Philippe Bart, étudiant en BTS agricole à Châteaufarine et candidat au concours. « Le pointage permet aux jeunes de s’habituer à avoir l’œil de l’éleveur. Ils doivent juger les qualités bouchères et laitières des bêtes. Il faut aussi former des experts pour que vivent les comices qui valorisent la montbéliarde », ajoute Samuel Masson, président des Jeunes Agriculteurs du canton d’Amancey qui organisent le concours.
Comment s’y prend-on ? « Plus la vache est profonde, de bon gabarit, plus l’attache avant de la mamelle est large, plus elle produira de lait. Mais en même temps, il ne faut pas que la mamelle soit trop basse pour ne pas traîner par terre », dit Jean-Philippe. Il faut aussi examiner « les aplombs », autrement dit les pattes ! Pourquoi ? « Si la vache se traîne, si elle a du mal à se lever, elle fatigue, cela aura une répercussion sur le lait... »
Dans ce cas, une vache devant faire au moins trois ou quatre lactations dans sa vie, elle risque de partir plus vite à l’abattoir pour insuffisance de rendement... L’évaluation visuelle est complétée par un suivi rigoureux. « Nos marges sont si réduites que tout compte », dit Jean-Philippe. « Les rations alimentaires sont individualisées » en fonction des caractéristiques et de la production attendue de chaque animal.
On comprend mieux, dans ces conditions, les motivations qui animent de nombreux éleveurs. Outre l’intérêt économique, il y a aussi le désir d’avoir ce qu’il y a de mieux, génétiquement. Les vaches ainsi sélectionnées ne sont-elles pas trafiquées ? « Non, sourit Jean-Philippe, elles sont améliorées... »
On comprend mieux aussi le problème qu’ont dû résoudre les paysans confrontés à la maladie de la vache folle. C’est ce qui est arrivé à Albert Bole : « Il y a trois ans, le bâtiment s’est retrouvé vide du jour au lendemain. Je suis allé dans des fermes de conception identique à la nôtre pour acheter des vaches toutes faites... C’est facile de juger une vache : elle a des papiers, on la voit. C’est plus délicat pour une génisse de trois semaines, ce n’est pas facile de savoir si elle fera une bonne vache...
Depuis trois ans, toutes les génisses que j’ai vêlées ont été achetées. L’an prochain, j’aurai les premières issues du troupeau reconstitué. C’est plus facile de travailler quand on les connaît, les voit vivre... J’ai toujours essayé de soigner mes bêtes le mieux possible, elles me le rendent au niveau du lait et du revenu. Mais il faut relativiser, les vaches n’appartiennent pas à la famille... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 20.12.2003