Au congrès national d’Auxerre, le 31 mars et le 1er avril 2010, les militants départementaux expriment leurs critiques et réclament un projet.

La FNSEA est en « crise identitaire ». C’est un adhérent du syndicat qui le dit au beau milieu des débats du 64e congrès national. Un Picard qui résume un sentiment largement partagé au sein des 700 congressistes. Face à la baisse du revenu dans toutes les productions, les réponses syndicales n’ont pas été à la hauteur. « On a pêché par manque d’explication », regrette le Haut-saônois Thierry Chalmin. « On a été bousculés par l’APLI », renchérit le Breton Thierry Moreau visant l’association des producteurs de lait indépendants dont le défilé, en plein salon de l’agriculture, fin février, a « pincé » plus d’un responsable de la « grande maison ».
Grande parce qu’au-delà des fédérations départementales de syndicats locaux et cantonaux, elle réunit l’eau et le feu : céréaliers et producteurs de lait, prospères viticulteurs champenois et éleveurs de moutons au seuil de pauvreté. 25 associations spécialisées qui tirent chacune dans leur sens, « plus souvent dans les ministères que la fédé », affirme un militant du Tarn.


On tape sur la redistribution des aides, le « bilan de santé de la PAC » comme on dit dans le jargon. Les élevages laitiers sur pâturages y ont gagné, les grandes cultures et la viande y ont perdu. « Une catastrophe », dit le président de l’Auvergne herbagère. « Un échec pour nous, un drame pour de nombreuses exploitations », résume Christophe Terrain, le président des producteurs de maïs, céréale plombée par les OGM et ses énormes besoins d’eau. Il n’en rajoute pas : « c’est la responsabilité de Barnier », l’ancien ministre de l’agriculture, aujourd’hui commissaire européen au marché intérieur.
Beaucoup critiquent une « ligne insuffisamment claire », réclament « un projet » pour la FNSEA. « Refusons de perdre 50 % des exploitations tous les 20 ans », propose le Rhodanien Pascal Despras. « Ça sème le trouble chez les adhérents quand on recule, avant la négociation, sur nos propres objectifs », dit l’Aveyronnais Dominique Fayet en évoquant la revendication d’« année blanche » sur les cotisations.


L’équipe dirigeante se fait traiter de « dream team économique et technique », par le Charolais Bernard Joly qui leur demande « une ligne qui donne envie, la solidarité ».
La FNSEA résoudra-t-elle sa contradiction entre la représentation des « entrepreneurs du vivant » du secrétaire général adjoint Jean-Bernard Bayard, et la pérennisation de « l’agriculture familiale » chère au Doubien Jean-Claude Jeannin ? Le sursaut passe-t-il par la communication ? « On se trompe souvent en la confondant avec l’information », remarque le Meusien Daniel Dellenbach. « On ne peut pas être que revendicatif car la FNSEA est attendue sur tous les sujets », glisse le président Jean-Michel Lemétayer.
Grand témoin du congrès, Vincent Bolloré dit sa certitude que l’agriculture sera « portée par une vague mondiale ». Aujourd’hui, le congrès reçoit le commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos et le ministre Bruno Le Maire.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 01.04.2010
Pascal Massol est président de l’association des producteurs de lait indépendants.
Quel est votre avis sur l’accord de mardi sur le prix du lait ?
La hausse validée est une manipulation. Ce n’est pas 3 % de plus qui vont résoudre le problème. On était mort, on le reste. Sans accord, on aurait accéléré le processus d’harmonisation européenne. Le seul point positif, c’est la prise en compte du coût de production du lait que nous revendiquons depuis qu’on existe.
Le congrès de la FNSEA a beaucoup parlé de l’APLI, ça vous surprend ?
(Rire) On les a réveillés...
Jean-Michel Lemétayer s’attend au retour d’une pression sur les prix au troisième trimestre...
Ce qui m’intéresse, c’est le niveau européen. On va mettre la pression sur Jean-Luc Demarty pour qu’il démissionne de tous ses postes. Il est directeur de l’Agriculture à la Commission européenne et président du groupe de réflexion sur l’avenir du lait. Il est à la botte des industriels.
Quels sont vos prochains rendez-vous ?
Nous organisons samedi à Poitiers une manifestation de producteurs de lait, avec une pensée pour ceux qui se sont suicidés en 2009...
Une étude sur la santé des paysans canadiens montre qu’un sur deux souffre de stress et de souffrance au travail. Cet exemple dont vous vous inspirez est-il si bon ?
Même dans un contexte favorable, les changements sont difficiles. Alors dans un contexte difficile...