daniel bordur - journaliste

Epandage : la dose et le moment

Première journée organisée par la chambre d’agriculture du Doubs pour sensibiliser les paysans aux conséquences des erreurs d’épandage.


« Quand on a cinquante vaches laitières, on produit chaque année pour environ 5 000 EUR d’engrais... » Didier Tourenne, conseiller agro-environnemental à la Chambre d’agriculture du Doubs, cherche à provoquer un tilt dans l’esprit de la centaine d’agriculteurs qui l’écoutent. L’un d’eux confirme que l’approche est la bonne : « On voit plus facilement les choses sous l’angle économique qu’agronomique ».

Et pour attirer la profession, notamment les jeunes, rien de tel qu’une bonne démonstration de matériel. Du beau matos, puissant et efficace, bourré d’informatique, parfois piloté par GPS. Le plus sophistiqué calcule la vitesse de l’engin en fonction du poids et de la densité du fumier, de la taille du champ et de la quantité à épandre. Des tonnes à lisier peuvent ajouter de l’air pour activer les bactéries mangeuses d’odeurs, certaines rayent le sol pour que l’effluent y pénètre aussitôt.

Cette première journée « épandage et agronomie » organisée par la Chambre du Doubs, mercredi à Amancey, est une des réponses aux pollutions persistantes des rivières. La Loue coule en effet à quelques kilomètres de là. « La prise de conscience est longue, mais, sur ce plateau, la plupart ont intégré l’incidence des épandages sur l’écosystème », analyse un professionnel de l’environnement. Le problème, ajoute-t-il, « c’est que tout le monde épand en même temps, au printemps. Alors s’il pleut, ou si la végétation n’est pas assez avancée pour utiliser tout l’azote des fertilisants, il ruisselle jusqu’aux nappes phréatiques... » Un éleveur confirme : « C’est bien beau de dire qu’il faut épandre quand il faut, on aimerait tous pourvoir le faire. Mais le système des Cuma (coopérative de matériel) concentre les périodes de travail ». Autrement dit, on ne choisit pas forcément le jour, donc le temps qu’il fait, pour vider sa fosse à lisier. C’est pourtant la Cuma de la Montagne, l’une des plus importantes du Doubs, qui accueillait la journée dans ses locaux et sur les terres de ses adhérents.

« Analyser fumier et lisier pour épandre la bonne dose »

Après l’atelier épandage à fumier, on fait à pied les 400 m qui rejoignent l’atelier lisier. À côté de la rubalise matérialisant les 35 mètres où l’épandage est interdit pour protéger une doline, des ricanements trahissent l’indifférence de quelques-uns. Il reste du boulot de sensibilisation. Agriculteur à Quingey, Philippe Belin sait quant à lui les dégâts : « Chacun fait ce qu’il veut, mais celui qui se fait prendre à épandre près d’une doline risque de polluer et... des pénalités ». Élu à la Chambre, Michel Foltête est philosophe : « Il ne faut pas que la passion de l’élevage, il faut aussi trouver les moyens de faire comprendre qu’on doit savoir utiliser le sol et les effluents ».

La journée vise en effet à considérer autrement les déjections animales : « Il faut les gérer comme des fertilisants, pas comme des déchets », explique Didier Tourenne. Et mesurer ses gestes car « d’une exploitation à l’autre, d’une période à l’autre, d’une alimentation animale à une autre, la teneur en fertilisant d’un fumier varie du simple au double, voire au triple. C’est pour ça qu’on voudrait inciter les éleveurs à faire analyser leurs fumiers et lisiers pour qu’ils mettent la bonne dose. »

Aujourd’hui, les deux tiers des quelque 3 000 paysans du Doubs produisent du fumier. Mais le lisier a largement progressé ces dernières années car le système économise l’achat de paille et la construction de fosses était subventionnée. Aujourd’hui, on tend à privilégier une fertilisation mixte fumier, compost, lisier. Les deux premiers contiennent de l’azote à diffusion lente dans le sol. Le lisier est plus délicat d’emploi car si son azote n’est pas consommé par les plantes au moment où elles en ont besoin, il devient nitrate dans les cours d’eau...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 23.09.2011


- Une autre journée épandage et agronomie est programmée le 13 octobre 2011 à Belleherbe.

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