daniel bordur - journaliste

Emmental, le vrai et le « faux »


Comment protéger les AOP (AOC européennes) et les IGP ? Sont-elles d’ailleurs vraiment protégées, ces appellations d’origine et indications géographiques ? Pour Ludovic Petit, du pôle concurrence consommation et répression des fraudes de la nouvelles DIRECCTE, AOP et IGP protègent surtout les noms des usages abusifs par des concurrents cherchant à capter à leur profit la notoriété d’un vin ou d’un fromage un peu ressemblant. C’est ce qu’il a expliqué jeudi 29 avril 2010 à Tarcenay (Doubs), lors de l’assemblée générale de la Chambre syndicale des entreprises de l’emmental et du comté (CEC), qui réunit les affineurs. « C’est quand on est usurpé qu’on sait qu’on a réussi son appellation », a-t-il expliqué en donnant quelques exemples, forcément savoureux : un vin mexicain nommé Bore Do, des lentilles du Puy canadiennes vendues en Allemagne, un chablis ou des pruneaux d’Agen du Chili...

Cela ne consolera certainement pas les fabricants d’emmental qui représente 22 % de la consommation française de fromage. La production française a en effet chuté de 9,56 % en 2009, passant de 256.000 à 231.000 tonnes. La confidentielle IGP emmental est-central label rouge a chuté dans les mêmes proportions, passant de 6.700 t à 6.100. Dans le même temps les importations ont crû de 55.000 tonnes, soit + 23 %, essentiellement en provenance d’Allemagne, mais aussi des Pays-Bas. La raison principale vient des prix de lait standard encore plus bas dans ces deux pays qu’en France où les producteurs sont étranglés. C’est la rançon du marché européen où la concurrence est, comme l’a consacré la formule, « libre et non faussée ».

Cela risque en fait de ne pas être aussi simple. Les Français reprochent aux Néerlandais de faire du « faux » emmental avec des moules de 10 à 15 kg servant aussi pour d’autres fromages. D’où un avantage concurrentiel indu au regard des 40 kg de l’emmental tricolore et de ses moules spécifiques. Pas du tout, répliquent les Bataves en brandissant le principe de la « dérogation nationale » autorisée par l’Europe. Pour les Français, cette dérogation n’est valable que dans le pays en question. Les arguments ont été envoyés à la Commission européenne : « selon sa réponse, on attaquera ou pas la grande distribution », dit M. Petit. On en est là pour l’instant.

« Ça fait un an que ça dure, si le dossier continue encore deux ans, on a le temps d’être morts », remarque Jean-François Rollet, le président du syndicat de l’emmental grand cru. En attendant, les fabricants français se sont alignés sur les prix hollandais ou allemands, désespérant plus encore les producteurs. Sans compter qu’avec les marques distributrices, remonter à la trace le lieu où le fromage a été fabriqué et râpé n’a rien d’évident. Quant à attaquer en justice ses propres distributeurs, c’est risqué. C’est pour ça que la filière compte sur l’administration.

Mais celle-ci réduit ses capacités d’action par la grâce de la fameuse révision générale des politiques publiques, la RGPP...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 30.04.2010


54.726 tonnes de comté

2009 est une année record pour le comté. Il s’en est produit 54.726 tonnes, soit 7,32 % de plus qu’en 2008 qui avait connu une hausse de 3,2 %. Comme la production est rigoureusement maîtrisée par l’interprofession, cela signifie que la filière a confiance : les prix ne diminuent pas, notamment celui payé aux producteurs. Reste que les ventes déclarées par les affineurs, pour la première fois depuis 10 ans, ont baissé pour cause de stocks bas. « Il faut moduler les volumes produits en fonction des stocks dans nos caves », explique le président du CE, Vincent Grillot en se réjouissant des bonnes relations avec les coopératives. Les stocks de comtés de plus de 8 mois sont en train de se reconstituer.

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