daniel bordur - journaliste

Daniel Prieur, n° 3 de la FNSEA

Le président de la chambre d’agriculture du Doubs monte en grade dans le syndicat majoritaire. Entretien.


Xavier Beulin a été reconduit jeudi à la présidence de la FNSEA. Daniel Prieur, jusque-là président de la commission montagne du syndicat et de la chambre d’agriculture du Doubs, est promu à l’un des deux postes de secrétaire général adjoint et intègre l’équipe restreinte de direction.

Ce poste, c’est le résultat de votre alliance interne avec Beulin ?

En partie. C’est aussi mon implication sur les dossiers. Tout ce qu’on m’a confié à la FNSEA, je l’ai fait, que ce soit sur la montagne, la qualité (je suis à l’INAO), la ruralité...

...et le bilan de santé de la PAC...

C’est clair. J’avais une position plus nuancée que le Massif Central ou la fédération nationale bovine qui ne voyaient que le partage de l’argent. Il s’agissait aussi de positionner des productions sur les marchés. Le modèle agricole franc-comtois a pu aussi me servir dans cette élection.

Quels dossiers suivrez-vous ?

Le dossier montagne. Sur la ruralité, je serai dans les dossiers relatifs à la gestion des territoires qui comportent les volets ruralité, littoral, faune sauvage. À la demande du ministère de l’agriculture, je siégerai à la commission nationale qui donne son avis les pôles d’excellence rurale. J’ai aussi demandé à Xavier Beulin d’être chef de file sur la prospective : comment inscrire l’agriculture dans une croissance durable.

A-t-il accepté ?

Oui. Aux yeux de certains en Franche-Comté, je passe pour le Martien de service. Mais on a rapproché Franche-Comté Élevage et Belot. J’ai aussi préféré ne pas raccrocher l’établissement d’élevage interdépartemental à la chambre régionale d’agriculture pour ne pas exclure des départements voisins comme le Haut-Rhin. Je préfère être martien qu’arriéré...

La contractualisation voulue par la FNSEA avance plus vite que les organisations de producteurs qui en sont une condition : c’est un problème ?

La loi a permis d’instituer des contrats qui doivent sécuriser les producteurs, mais certaines filières ont du mal. Des marchés sont ouverts en viande bovine, mais on a du mal à fournir. Dans bon nombre de régions, on n’est pas assez dans la logique du long terme. Sur le porc, le marché breton ne doit pas être la seule référence.

Certains contrats types, dans le lait, ont des clauses très sévères...

Lactalis écrit que les éleveurs ne doivent pas participer à des actions contre l’enseigne ! Les entreprises doivent proposer des contrats, mais on n’est pas obligé de les signer. Je dis aux producteurs : si des choses ne conviennent pas, faites les remonter.

Les entreprises font quand même pression avant que les organisations de producteurs ne soient constituées !

C’est un gros problème. Henri Brichard a dit que Bruno Le Maire s’était transformé en Lucky Luke !

Y a-t-il d’autres problèmes dans la région ?

On en a avec l’UAC-l’Ermitage qui fait une différence entre les livreurs en coopérative et les livreurs individuels. Une quinzaine de livreurs de lait AOC du secteur Maîche Saint-Hippolyte pourraient être payés 30 à 50 euros de moins pour 1 000 litres alors qu’ils n’ont pas changé de mode production !

L’Ermitage est présidé par un militant FNSEA historique, Daniel Gremillet : vous allez avoir de sacrés débats ?

Xavier Beulin a déjà piqué la fédération nationale des coopératives laitières en disant qu’elles gèrent les coop, mais ne représentent pas les producteurs !

Comment être à la fois secrétaire général adjoint, président de chambre et paysan ?

Vu les votes et les débats, je n’ai pas raison de quitter la chambre. Je vais ainsi quitter la présidence de la FREDON (fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles). J’ai transmis mes responsabilités syndicales cantonales. J’ai fait évoluer mon exploitation, nous sommes trois associés et il y a 1,5 équivalent temps plein en salariat financé par mes indemnités. Je m’intéresse à l’herbe et à la production fourragère, c’est ma passion, je travaille beaucoup le samedi et le dimanche : tu pèses davantage que tu as les pieds sur ta ferme de temps en temps.

Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 23.04.2011

Textes et images © Jurandoubs | mentions légales | Site réalisé avec SPIP par Lionel Volta.