daniel bordur - journaliste

Comment réguler sans quotas ?

La fin programmée des quotas laitiers rime avec dérégulation. La FNSEA avance l’idée de la contractualisation entre producteurs et laiteries (article de mars 2008).


Première politique publique européenne, la PAC a atteint son objectif initial. En assurant la sécurité alimentaire d’une Europe marquée par les pénuries liées à la guerre, elle a légitimé sa construction. Mais le système instauré il y a 50 ans est « devenu fou », dit un éleveur de moutons champenois dans le trimestriel Alternatives Internationales.

Ce système, qui n’aide plus les exportations (OMC oblige), subventionne les céréaliers proportionnellement aux volumes produits alors que les cours flambent. L’Union cherche à le réformer. En 2003, elle a stoppé la croissance de son budget agricole, rendu son action compatible avec l’OMC. Elle a échoué sur l’environnement, sur la répartition des aides dont 80% vont aux 20% les plus riches. Elle a aussi entrepris de démanteler ses outils de régulation des marchés. Elle a contribué à la quasi disparition des stocks mondiaux de céréales, mettant ce secteur à la merci d’aléas climatiques, des spéculateurs et des semenciers, notamment OGM. Elle a programmé pour 2015 la fin des quotas laitiers, instaurés en 1984, à qui l’on doit maîtrise de la production et stabilité des prix. Mais il est vrai que les chantiers à 27 ne sont pas les mêmes qu’à 6 ou 12.

Lisibilité

En augmentant les quotas de 2% en 2008, en prévoyant trois hausses de 1% en 2010, 2011 et 2012, elle espère un « atterrissage en douceur » dans un marché libre. Mais les syndicats paysans comme les consommateurs, craignent la disparition pure et simple des outils de régulation. La FNSEA défend la « contractualisation » entre producteurs et transformateurs. « Cela doit être encadré par des interprofessions et des études de marché, les entreprises veulent de la lisibilité », analyse Martial Marguet, vice-président de la FNPL (branche lait de la FNSEA).

Il défend l’exemple du comté, ses nombreuses petites coopératives appartenant aux paysans qui sont ainsi proches des décisions et... de la valeur ajoutée. Il assure que le projet de fonds d’investissement mutualisé de la filière, pour éviter la prise de contrôle d’entreprises par des fonds financiers, est vu d’un bon œil par la FNPL. « Ce n’est pas parce qu’on aura la contractualisation qu’on aura la régulation », dit Daniel Gremillet, président du groupe coopératif vosgien l’Ermitage. « L’Union devra revoir sa copie pour financer des stocks, éventuellement les cogérer avec les entreprises, à l’exemple de l’emmental. »

« Prévoir les marchés est plus une question de conviction que de prévision », estime Sylvain Marmier (FNSEA). « Plus 2% sur les quotas ne se justifie pas, hormis pour faire baisser le prix du lait », dit Denis Narbey (Confédération paysanne). Lactalis, leader européen du lait, l’a anticipée : « Il devait payer 100 euros de plus la tonne au premier trimestre, il n’a mis que 70 euros, se garde une réserve pour ne pas faire de baisse plus tard », ajoute-t-il.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 21.03.2008

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