daniel bordur - journaliste

Chèvres et brebis en Franche-Comté

Alors que les éleveurs ovins réclamaient en 2008 une aide d’urgence face à la baisse de leurs revenus, l’élevage caprin se portait bien et enregistrait des installations en Franche-Comté


Au pays de la montbéliarde et du comté, il y a aussi des élevages de chèvres et de moutons. Certes, beaucoup moins nombreux que les exploitations bovines, ils font quand même vivre plusieurs dizaines de familles.

Il y a une bonne cinquantaine d’élevages de chèvres en Franche-Comté, dont la moitié dans le Jura. Tous font du fromage sur place car il n’y a ni laiterie ni ramassage du lait. « Presque tous commercialisent sur des circuits courts : marchés, coops à comté, grossistes, vente directe », explique Sandrine Curi, présidente du groupement d’intérêt économique (GIE) caprin de Franche-Comté. Elle élève 60 chèvres sur 9 ha, en GAEC avec ses parents à Lemuy, près de Salins-les-Bains, à 650 m d’altitude. Avec trois salaires, les deux familles tirent des chèvres la plupart de leurs ressources, le mari de Sandrine étant animateur dans l’institut médico-éducatif d’un village voisin. « Si nous vendions le lait au lieu de le transformer, il nous faudrait davantage de chèvres », ajoute-t-elle.

Tous extensifs, les élevages de la région nourrissent leurs chèvres à l’herbe et au foin. Leur taille varie de 20 à 100 chèvres, mais la plupart en ont entre 30 et 60. Dans le nord du Jura ou en Haute-Saône, l’élevage caprin est parfois une diversification d’un élevage bovin ou céréalier.

Fièvre catarrhale ovine

À l’inverse, l’élevage de moutons est essentiellement axé sur la viande. Seuls deux des 538 exploitations ovines de Franche-Comté en 2007 (584 en 2006) faisaient du fromage de brebis, dans le sud-ouest du Jura. C’est aussi dans ce département que l’on trouve le seul élevage de plus de 1.000 brebis.

Une vingtaine en ont plus de 500, trois cents en ont moins de 50. La plupart de ces petits élevages sont le fait d’agriculteurs pluri-actifs. Certains ont quelques bêtes et ne sont pas, ou plus dans l’agriculture à titre principal.

Deux systèmes extensifs coexistent en Franche-Comté : l’herbe et le système mixte herbe-bergerie. Par rapport aux grandes régions ovines, où l’élevage semi-intensif, intensif ou hors-sol, les systèmes extensifs sont moins pénalisés par la crise qui touche le secteur ovin. Concurrencés par l’agneau de Nouvelle-Zélande, issu de troupeaux de plusieurs milliers de bêtes paissant sur de gigantesques pâturages, les éleveurs français font face à une baisse de revenu de 30% depuis deux ans.

Les augmentations des aliments et des engrais ont surtout touché ceux qui en sont dépendants, les plus intensifs. Mais les autres les sont également. Sans compter la fièvre catarrhale ovine : « J’ai perdu 20 brebis, 8 agneaux et un bélier », dit Dominique Soichet, vice-président du syndicat régional des éleveurs ovins.

À la tête d’une « troupe » de 540 brebis qui pâturent sur les pelouses sèches de Champlitte, il regrette la « vaccination tardive ». Alors que les vaccins devaient arriver en juin, ses bêtes ont été vaccinées entre le 9 juillet et le 10 août...

En Haute-Saône, où l’on recensait l’an dernier 27.161 des 46.645 ovins, il estime que « de nombreux éleveurs sont touchés par la FCO ». Pas étonnant que des éleveurs arrêtent et que d’autres « vont arrêter ». Dans le même temps, des installations se réalisent dans l’élevage caprin. À peine moins subventionné, il s’en sort économiquement mieux.

Daniel BORDUR /L’Est Républicain - 18.08.2008


Des alpines chamoisées en bonne santé

Peu craintive, curieuse et capricieuse, la chèvre vient volontiers à la rencontre du visiteur. Elle semble aussi être moins menacée par la FCO : « Elle serait porteur sain du virus, et la maladie ne la fait pas avorter comme la brebis », dit Sandrine Curi. Nourries sans ensilage, soignées par homéopathie et sans antibiotique, ses chèvres, des alpines chamoisées sont « en bonne santé ».

En outre, elles donnent moins de travail qu’un élevage bovin et pas moins de revenu. « Le coût de l’installation est élevé si on n’est pas en auto-construction, au moins 150.000 euros... » À côté d’une petite salle de traite, une pièce abrite le tank à lait que voisine l’atelier de transformation. « On trait le soir, le lait va dans le tank avec un levain : c’est la prématuration pendant laquelle les bactéries lactiques se multiplient en mangeant le lactose. On y ajoute le lait du matin puis la présure. On laisse vingt-quatre heures dans une bassine, puis vingt-quatre heures dans les moules à bûches. Vingt-quatre heures plus tard, on démoule le fromage frais. Si on le garde frais, on le met en chambre froide, sinon on l’affine, d’abord à 21º puis à 6º. Il faut quinze jours pour qu’un crottin soit demi-sec, quatre à six semaines pour une tomme qu’on fabrique surtout en mai et juin, qu’on vend surtout en juillet et août car nous travaillons beaucoup avec le tourisme. »

Vivant une douzaine d’années, les chèvres donnent en moyenne neuf lactations. Après quoi, elles partent à la « réforme », autrement dit la boucherie. De Champagnole à Saint-Claude, on connaît l’hiver la tradition de la chèvre salée...


Pas d’aides à moins de 100 brebis

Les éleveurs ovins demandent la revalorisation de la prime à la brebis. Conjoncture oblige. Cela fait cependant longtemps qu’ils demandent un régime comparable à l’élevage bovin. Un chiffre illustre les difficultés des éleveurs : « Il y a dix-huit mois, je payais 4 tonnes de céréales 800 €, aujourd’hui c’est 1 200 €. Et ça dure quinze jours à trois semaines », dit Dominique Soichet.

Une aide spécifique de 12 millions d’euros a été mise en place par le gouvernement en 2007 pour l’ensemble de la filière ovine, mais les restrictions étaient telles que 42 éleveurs sur 538 l’ont touchée en Franche-Comté... Elle a été reconduite pour 2008 avec des « critères élargis », l’enveloppe étant portée à 14 millions d’euros.

Plafonnée à 2.000 € (6.000 pour un GAEC), limitée notamment aux élevages de plus de 100 brebis allaitantes, elle exclut de fait plus de 80% des élevages comtois. Un colloque européen doit se tenir début septembre à Limoges pour « pérenniser et dynamiser » le secteur.

La confédération paysanne a demandé 35 euros par brebis.

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