Le ministre de l’Agriculture a suggéré aux Jeunes Agriculteurs de solliciter les parlementaires pour améliorer son projet de loi de modernisation, examiné au Parlement après les régionales, à partir du 15 mai au Sénat.

Pas sûr que Bruno Le Maire ait totalement convaincu les Jeunes Agriculteurs, mais il a essayé. Réunis trois jours à la Saline en séminaire national sur l’installation et la transmission, « parents pauvres de son discours », selon leur président William Villeneuve, ils ont entendu le ministre de l’Alimentation de l’Agriculture et de la Pêche répondre à leurs critiques du projet de loi de modernisation de l’agriculture (LMA) présenté le 13 janvier au conseil des ministres.
« Ce n’était pas évident », note William Villeneuve qui retient surtout le « maintien de l’accompagnement de l’installation ». Bruno Le Maire a confirmé pour 2010 la « même enveloppe de 330 millions d’euros, quel que soit le nombre d’installations ». Il a annoncé « l’augmentation de la dotation alors que ce n’était initialement pas prévu ». Le ministre a dit des choses agréables à entendre : « Je crois à l’installation des jeunes car je crois à l’avenir de l’agriculture française ». Il a argumenté sur son caractère « stratégique », critiquant la Commission européenne : « Mes cheveux se hérissent quand j’y entends dire que l’agriculture n’est pas importante : c’est une incompréhension totale des enjeux de demain, nourrir la planète, respecter l’environnement » et assurer la sécurité alimentaire.
Bruno Le Maire a surtout renvoyé au débat parlementaire les possibilités d’amélioration, par amendements, de son projet de loi dont l’examen devrait débuter au Sénat le 15 mai. Il ne cache pas que la « bataille sera difficile » sur une disposition qui va dans le sens souhaité par les JA : « Laisser partir la surface d’un département tous les 10 ans en terres agricoles en raison de la pression foncière est une hémorragie inacceptable. Je propose que, d’ici 2020, on réduise de 50 % le rythme de perte des terres agricoles ».
Les jeunes paysans ne sont pas mécontents qu’il reprenne une de leurs idées : « Une nouvelle fiscalité sur toute terre agricole devenue constructible, dont une partie du produit irait à l’installation ». C’est une évolution par rapport au projet initial. En a-t-il eu l’idée en discutant dans le TGV avec William Villeneuve qu’il appelle en public par son prénom ? C’était la moindre des choses : les JA critiquent une première ébauche coupable « d’absence de mesures spécifiques pour les jeunes ».
En zone AOC comté, Le Maire a rencontré l’approbation du renforcement du rôle des filières, ou des contrats écrits de 5 ans avec la distribution. Mais là, le bémol vient de l’Europe dont « il faudra modifier les règles concurrentielles ». Philippe Cuinet, le président des JA du Doubs, l’avait signalé auparavant : « Il est grand temps d’inscrire l’agriculture au patrimoine mondial de l’humanité et non de l’OMC ». Or l’Europe fait tout pour que son agriculture soit compatible avec l’OMC. Cherchez l’erreur.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 12.02.2010
Bruno Le Maire a évoqué le dossier de la reprise d’Entremont de façon elliptique : « Je m’occupe du dossier Entremont-Sodiaal. C’est confidentiel. L’enjeu économique est majeur, plusieurs milliards d’euros. Il y a une perspective industrielle, mais je veux qu’on construise du solide pour au moins 10 ans ». Le ministre soutient la reprise d’Entremont, premier opérateur du comté, par le groupe coopératif Sodiaal, plutôt que par le groupe privé Lactalis qui a déposé une offre, rejetée par Entremont.
Interrogé par nos soins sur la révélation, par la Cour des comptes, d’aides à l’installation touchées indûment par un responsable syndical du Loir-et-Cher en 2008, le ministre a répondu : « J’ai pris en considération le rapport de la Cour des comptes, j’ai demandé une instruction à mes services pour voir ce qu’il en est et voir comment corriger le tir. Il est capital de respecter les aides européennes, le plan de 1,65 milliard a été ainsi validé en trois séances par la Commission... Jamais je ne laisserai mon successeur dans la situation dans laquelle j’ai été d’avoir à rembourser des aides ».
Complément d’info :
Le directeur général de Sodiaal au Figaro du 15 février : "nous voulons reprendre Entremont seuls"