daniel bordur - journaliste

Bel, premier bénéficiaire de la PAC en Franche-Comté

Le montant des aides directes a été publié en mai 2009 par le site du ministère de l’Agriculture sur injonction de l’Europe. La fromagerie jurassienne, dont le siège est parisien, a touché un million d’euros l’an dernier. Devant des coopératives, puis des gros GAEC.


Voir les aides PAC 2009, publiées le 30 avril 2010

Les agriculteurs franc-comtois sont loin de figurer parmi les plus gros attributaires des subventions de la politique agricole commune. Ce ne sont d’ailleurs pas des agriculteurs qui ont les aides européennes les plus importantes, mais des coopératives, si l’on en croit les chiffres publiés par le ministère de l’Agriculture, sur injonction de l’Union européenne. Et ce serait un groupe si son siège était dans la région et non à Paris : Bel a perçu un peu plus d’un million d’euros.

En Franche-Comté, l’aide la plus importante est allée, pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008, à la coopérative fruitière du plateau de Nozeroy, à Bief-du-Fourg (Jura), qui a touché 672.960 euros. Assez loin derrière, vient la coopérative céréalière Interval, à Gray, qui a perçu 282.312 euros.

Viennent ensuite des GAEC de Haute-Saône dont deux ont touché plus de 200.000 euros (Vivieroche à La Rochelle, 241.559 euros, et Mariotte à Augicourt, 206.311 euros). Entre 190.000 et 200.000 euros, on trouve encore des GAEC haut-saônois (Raison à Saponcourt, la Gare à Équevilley, des Berberis à Varogne...) et le premier attributaire du Doubs, la coopérative fruitière du Bélieu, qui a ainsi pu investir pour se moderniser.

C’est légèrement plus que Blédina (groupe Danone) qui a perçu 182.299 euros ou la grande coop bretonne Unicopa (186.524 euros). Ces derniers sont au même niveau que le GAEC Nº1 de Tournans, première exploitation du Doubs pour le montant des aides européennes, sept associés, qui devance de peu l’EARL de la Riroulette de Torpes et le GAEC Maillot-Bouriot de Reugney. Dans le Territoire de Belfort, le GAEC Festilait de Denney, est le plus important attributaire avec 160.823 euros.

Lancés comme ça, ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte. Un GAEC avec de nombreux associés, sur lequel vivent plusieurs familles, ne peut être comparé à une petite ferme avec un seul actif. « Je ne dis pas que tout est justifié », réagit Daniel Prieur, président de la chambre d’agriculture du Doubs et de la commission montagne de la FNSEA. Éleveur laitier en AOC comté à Pierrefontaine-les-Varans, il touche 17.970 euros, soit moins que la moyenne nationale de 20.396 euros. Il estime qu’il faut aussi considérer « l’intérêt de voir une grande partie de ces subventions réinvesties dans l’économie locale. Quand les fonds PAC arrivent, au 1er décembre, les coopératives et les magasins agricoles remettent à flots les comptes de leurs clients... »

Ne craint-il pas le risque de voir les gens, voisins, ennemis de toujours ou vieux amis, se lancer des chiffres à la figure ? « C’est moins scandaleux que les parachutes dorés », répond Daniel Prieur qui craint plutôt un drôle de débat « interne au monde agricole européen, avec ceux qui sont entrés récemment dans l’Union et ont des paiements minimisés par rapport à nous qui sommes sur des références historiques alors qu’ils sont sur des aides pour entrer ».

Cette inquiétude n’est pas nouvelle. Elle renvoie à la différence de coûts de production à l’Ouest et à l’Est, et finalement à la concurrence qui tire les conditions sociales vers le bas...

Finalement, la publication des subventions peut permettre un vrai débat sur ce qu’est une politique. Laisser faire le libre jeu des marchés ou viser des objectifs, par exemple la sécurité ou la souveraineté alimentaire ?

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 04.05.2009

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