Président de la Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France (FNAB), Dominique Marion, en polyculture-élevage en Charente-Maritime, participait hier au lycée agricole de Dannemarie-sur-Crète, à l’assemblée générale du groupement régional des agrobiologistes de Franche-Comté.
Où en est l’agriculture biologique aujourd’hui en France ?
Il y a de 3,2 à 3,4 % de terres bio et 20 000 paysans. L’augmentation a été de 25 % par an ces deux dernières années, essentiellement dans le maraîchage, la viticulture et la petite polyculture-élevage. Ce qui manque pour affirmer le développement de l’agriculture bio, c’est la grande culture.
Qu’est-ce qui empêche de franchir le pas ?
Les chefs d’entreprises sur 300 à 400 hectares se demandent ce qu’il va se passer s’ils se convertissent...
Que devront-ils faire ?
Se former, avoir une rotation plus large des cultures avec quatre ou cinq plantes au lieu de deux ou de la monoculture, intégrer des légumineuses...
Vous jetez un pavé dans la cour de Xavier Beulin, le nouveau président de la FNSEA...
Oui. Il fait tout ce qu’il peut pour que ça ne se fasse pas...
Où en est-on de l’objectif de 6 % des surfaces agricoles en bio à l’horizon 2012 ?
On n’y sera pas. On peut accepter de reculer d’un an ou deux sur les 6 %. Mais l’objectif de 20 % en 2020 est admis par l’ensemble des acteurs agricoles, y compris en agriculture conventionnelle. Il reste juste à mettre en oeuvre les moyens.
C’est-à-dire ?
Il faut des financements pour animer des réseaux bio, mettre en place des pôles de conversion où l’ensemble des acteurs peuvent se rencontrer. Le ministère doit mettre 6 % de son budget en 2012, puis 20 % en 2020. Il faudrait même 30 % des moyens du ministère pour que cela ait un effet de levier. Il faudrait aussi que l’ensemble des taxes sur l’agriculture biologique reviennent vers elle. Aujourd’hui, quand on paie la taxe pour le développement rural, tout ne revient pas vers l’agrobiologie. C’est pareil pour les cotisations volontaires obligatoires. Par exemple, le CNIEL (interprofession laitière), qui collecte 680 000 euros, dont seulement 15 000 à 20 000 vont vers l’agriculture bio.
Quels sont les besoins d’un paysan qui se convertit ?
Être au contact de collègues bio, recevoir un enseignement en agronomie, des filières structurées.
Des industries agroalimentaires ?
Oui, mais avec une rémunération juste des paysans. Passer en bio, c’est redonner au paysan sa vraie place dans la société en fournissant des aliments de qualité.
Des filières sous signes de qualité, AOP ou Label Rouge, peuvent-elles passer d’un coup en bio ?
Il y a un exemple : l’ensemble du vignoble de Gaillac (Gers) va y passer.
La restauration collective est-elle un levier ?
Oui, si les collectivités sont à la hauteur de leur ambition. Elles doivent mettre en place une politique agricole régionale, structurer les filières, créer des plateformes de distribution si nécessaire. Le seul moyen de protéger l’eau potable, c’est de passer en bio sur le bassin-versant d’un captage, ce sont les agences de l’eau qui le disent. Il y a des réticences dogmatiques, mais on commence à être entendus.
Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 19.03.2011