daniel bordur - journaliste

Quelle agriculture pour un climat changeant ?

La perspective d’hivers plus doux et humides, et d’étés plus chauds et secs, va conduire les paysans à adapter leurs pratiques. Remplacera-t-on en plaine la culture du maïs par celle du sorgho ? La production d’herbe sur les plateaux jurassiens va-t-elle diminuer ? Les groupes d’étude et de développement agricole du Doubs se posaient ces questions en avril 2007.


Comment adapter l’agriculture aux changements climatiques ? La question taraude les paysans. Représentants des quinze groupes d’études et de développement agricoles du Doubs, 150 d’entre eux ont écouté hier à La Chevillotte des experts, débattu des hypothèses pour l’avenir et de leurs conséquences pour l’économie des fermes. « En très peu de temps, l’enneigement est passé de deux mois à un mois et demi » sur les plateaux, note Bruno Vermot-Desroches, délégué départemental de Météo-France. Les hochements de tête accompagnent ce constat largement partagé.

Des murmures suivent l’évocation des hypothèses climatiques pour le siècle à venir. « En France, le réchauffement touche davantage l’ouest pour les températures minimales, le sud pour les maximales. Pour Besançon, c’est environ un degré de plus. La diminution de l’amplitude thermique entraîne une tendance à l’océanisation de notre région : moins de jours de gel et davantage de précipitations lors d’hivers plus doux, des étés plus secs. Cela va s’amplifier. Dans 100 ans, il pourrait y avoir une canicule tous les deux ans, les températures devraient être celles qu’on rencontre aujourd’hui à Orange ».

Planter sorgho et luzerne

Conséquence : les foins, déjà avancés en quinze ans d’une semaine, pourraient s’effectuer « vers les 20 ou 25 mars ». Faudra-t-il s’installer en altitude, demande un agriculteur ? « On perd en moyenne 0,7 degré tous les 100 mètres, mais ce n’est pas toujours vrai l’été. Le réchauffement sera comparable, même en altitude », répond Bruno Vermot-Desroches. Agronome à l’INRA de Lusignan (Poitou-Charente), Gilles Lemaire évalue l’impact des modifications climatiques sur l’adaptation de l’agriculture aux sécheresses récurrentes. « La production d’herbe va s’effondrer, l’exemple de 2003 va revenir plus souvent. Il faudra s’adapter à davantage d’imprévisibilité, faire plus de stocks », prévient-il.

Il estime « folie » d’investir aujourd’hui dans l’irrigation pour cultiver du maïs. Il préconise de le remplacer par du sorgho, suggère de récolter des céréales immatures, de planter de la luzerne. Il pense que les bêtes pâtureront plus tôt au printemps et plus tard en automne, ce qui permettra de « reporter les stocks d’hiver sur l’été ».

Fini le productivisme

« Il ne s’agit pas de produire plus, mais de sécuriser les systèmes », dit M. Lemaire. Il faut par exemple prévoir les bonnes capacités de stockage lors de l’installation, donc les investissements à long terme. On peut aussi envisager « d’adapter la saison de vêlage », souligne Gilles Duquet, éleveur à Fontain, ancien président de la fédération des groupes d’étude. « On a commencé à semer plus de prairie », dit Nicolas Marguet, l’actuel président, agriculteur à Fuans.

Tous deux résument la philosophie des groupes d’étude : « Il est important d’anticiper, de former les agriculteurs, de ne pas attendre que les problèmes nous tombent dessus ». Après des journées annuelles consacrées aux techniques, à l’énergie ou à l’environnement, c’est la première fois que le climat était abordé.

Gilles Lemaire lance une piste à contretemps du productivisme : « il faudra sous-exploiter les ressources fourragères les années favorables pour pouvoir passer les années défavorables... » Il n’y a pas qu’en matière financière que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain 13.04.2007

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