Les éleveurs labouraient de moins en moins en altitude. Les cours mondiaux les incitent à semer à nouveau ou davantage. Exemple à Chapelle-d’Huin, entre Levier et Salins-les-Bains.
Johan Bruchon, 31 ans, ne regrette pas d’avoir suivi les traces de son père, Daniel, avec qui il a travaillé en GAEC pendant 6 ans. Cinquante des 90 hectares de la ferme de la Cabette, à cheval sur Boujailles et Chapelle-d’Huin, sont enregistrées en prairie temporaire, ce qui permet de les labourer et d’y planter des céréales. À presque 800 m d’altitude, c’est devenu rare. « Quand je suis arrivé, il y a plus de 30 ans, toutes les exploitations du village labouraient », se souvient Daniel, jeune retraité de 63 ans. Aujourd’hui, elles sont quatre sur 17 à passer la charrue...
Daniel a vu labourer dès son plus jeune âge, à Gilley. Dès son installation à la Cabette, il s’y est mis : « Les terrains n’avaient pas été travaillés depuis longtemps et donnaient de l’herbe à mouton, comme du poil de chien, sans rendement. Elle était si dure que le tracteur calait quand on passait la faucheuse, les bovins n’en voulaient pas. Pour régénérer les prairies, j’ai commencé à labourer. D’abord quatre hectares, puis huit. J’y mettais des céréales deux ou trois ans, puis de l’herbe l’année suivante. J’ai pu le faire parce que la terre est profonde et qu’il n’y pas de cailloux. J’ai d’abord mis de l’orge, mais il était adapté aux régions céréalières. Ici, il fait trop froid, il était moins résistant... » Johan poursuit : « On est alors passé au seigle. On semait à l’automne et les rendements étaient meilleurs en grain (50 q/ha contre 30 pour l’orge) et en paille (5 t/ha contre 2 à 2,5)... Mais le seigle est moins facilement utilisable que l’orge, il ne peut entrer que pour 10 % dans la ration des bovins... Aujourd’hui, on met du triticale (hybride blé-seigle). Et comme une flambée des prix s’annonçait, on est passé à douze hectares ».
Depuis trois décennies, les 50 hectares de prairie temporaire ont déjà été labourés trois ou quatre fois. L’amélioration de l’herbe, objectif principal, a été atteinte. Indéniable avantage collatéral : cela contribue à lutter contre les campagnols : « Ils viennent moins parce qu’on casse les galeries, on les dérange... » Depuis quelques mois, labourer est une affaire : « C’est la première année que c’est financièrement avantageux. Ça vaut le coup, j’en ai parlé avec ceux qui achètent leurs céréales », dit Johan. De moins de 100 € la tonne il y a un an, on est aujourd’hui à plus de 220... Reste que tous les éleveurs ne peuvent passer de l’herbe aux céréales en claquant dans leurs doigts. Ceux qui ont conservé des prairies temporaires le peuvent, ceux qui n’ont déclaré que des prairies permanentes ne le peuvent pas. Pourquoi ? Parce que dans le Doubs, les prairies permanentes ne doivent pas représenter moins de 27% de l’ensemble.
Paru dans L’Est Républicain le 08.05.2008