daniel bordur - journaliste

4000 hectares de moins depuis 2000

La pression foncière est forte sur l’agriculture du département du Doubs. Le syndicat Jeunes Agriculteurs en a fait son thème de réflexion pour 2009.


Les paysans craignent de manquer de terre. Surtout les jeunes. Certes, ceux du Doubs ne sont pas comme ces dizaines de millions de paysans sans terre à travers la planète. Ils ne sont pas expulsés ou assassinés par les milices des grands propriétaires comme au Brésil. Ils ne sont pas réduits en quasi-esclavage comme en Afrique ou en Indonésie où des multinationales, voire des États développés, investissent dans des terres agricoles afin de garantir leur approvisionnements en matières premières ou leur sécurité alimentaire.

À quelques signes, confirmés par quelques chiffres, les paysans du Doubs savent que l’accès au foncier est de plus en plus difficile, de plus en plus cher. « Sur 500.000 ha changeant de mains chaque année en France, 400.000 restent à l’agriculture, 90.000 la quittent, 10.000 vont à la forêt, mieux préservée grâce à une obligation législative de reboiser », note Philippe Cuinet, le président du syndicat Jeunes Agriculteurs du Doubs.

120 terrains de foot

Sur les 90.000 ha quittant l’agriculture, 35.000 sont « construits, bétonnés, bitumés ou stabilisés donc imperméabilisé », 26.000 sont transformés en espaces verts et 20.000 en habitat diffus.

Les JA ont bien étudié la question. Ils l’ont résumée dans un dossier d’une trentaine de feuillets, et en ont fait le thème central de leur assemblée générale, le 3 mars 2009 à Épenoy. Dans le département, la surface agricole a perdu depuis 2000 près de 4.000 de ses quelque 237.000 ha dont 70% en herbe. Globale, cette baisse de 1,7% cache des diversités locales importantes. Le canton de Montbéliard-Est avait 86 ha agricoles en 1988, il en restait 2 en 2000... La baisse est souvent supérieure à 7% dans les cantons péri-urbains des agglomérations de Montbéliard ou Besançon où, sur la ville, elle atteint 33%. À Mouthe ou Besançon-Est, la surface agricole a en revanche augmenté de 10% ou plus, à Montbenoît de 6%.

Les principaux utilisateurs d’anciens espaces agraires sont d’abord les maisons individuelles, ensuite les zones industrielles et commerciales, puis la LGV à raison d’une douzaine d’hectares par kilomètre. À Besançon, les JA soulignent que « les 6.300 logements construits de 1999 à 2004 ont consommé 470 ha, soit 120 terrains de foot... » La création aux portes de Pontarlier de la zone d’activité de Vuillecin et du collège de Doubs a consommé 60 ha jadis agricoles...

6 mètres carrés par habitant

Invité de la table ronde, Robert Levesque, directeur du bureau d’études national de la Safer, indique que le mouvement s’accélère : « 150 ha par jour dans les années 1980 ; 172 ha de 1992 à 2003 ; 200 ha aujourd’hui, soit 6 m2 par habitant et par an... »

Philippe Baffert, directeur de l’aménagement, du logement et de la nature au ministère de l’Écologie, défend le Grenelle 2 bientôt en discussion au Sénat. S’il n’est pas édulcoré, les zones naturelles et agricoles pourraient devenir « non constructibles pour tous, y compris les agriculteurs et leurs familles ». Cette sortie occasionne quelques murmures et des sourires. « D’accord pour des exceptions en montagne, mais c’est une révolution culturelle pour tout le monde », ajoute-t-il en donnant l’exemple, dans le Midi, d’une « ville moyenne avec 985 constructions de citadins avec une justification agricole ! »

Quant aux espaces urbains qui grignotent les campagnes, il préconise la fin des surfaces minimales pour construire, et loue le futur centre commercial en plein centre de Besançon.

Daniel BORDUR

Article paru dans L’Est Républicain du 04.03.2009

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